mardi 26 avril 2016

Victor Hugo, Le dernier jour d'un condamné

le dernier jour d'un condamné
Présentation :

"Un homme est condamné à mourir, décapité place de Grève. Il accueille cette nouvelle avec inquiétude et soulagement car il préfère son sort à celui des galériens. Cependant, au fil de l'ouvrage, la terreur monte et seule l'horreur de la mort prochaine l'emporte."

Citations : 

 
"Un air chaud, mêlé de bruit, vint me frapper au visage ; c'était le souffle de la foule dans la salle des assises."

« Il y eut à mon apparition une rumeur d’armes et de voix. Les banquettes se déplacèrent bruyamment. Les cloisons craquèrent ; et pendant que je traversais la longue salle entre deux masses de peuple murées de soldats, il me semblait que j’étais le centre auquel se rattachaient les fils qui faisaient mouvoir toutes ces faces béantes et penchées. »
"Quand la voiture s'est arrêté, j'ai cru que les battements de mon coeur allaient s'arrêter aussi."

Commentaire :
Selon moi, Victor Hugo est l'un des plus grands auteurs de tous les temps. Et ce court ouvrage sensible, percutant ne peut laisser indemne. Autant pour la qualité de l'écriture : quel bonheur de lire combien il joue avec les mots et sait choisir ceux qui, immédiatement, évoqueront une image forte plantant un décor ou bien piquant notre coeur. Mais également pour la qualité du fond. Pourquoi cet homme a-t-il été condamné ? Nous n'en saurons rien, imaginant ce qu'il nous plaira. Si parfois, nous pourrions penser que son sort a été mérité : apparemment il a tué ; Victor Hugo le rend terriblement humain, paternel, évoquant notamment une adorable enfant de deux ans aimant rire et jouer et qui bientôt sera la fille du condamnée à mort, stigmatisant ainsi son propre destin. Une condamnation condamne également l'entourage. Des sentiments partagés nous assaillent : pourquoi n'y avait-il pas pensé avant ? Et quelle injustice pour l'entourage, quelle hécatombe autour du condamné ! Et puis, nous croisons un ancien orphelin qui, seul, affamé, dépourvu de tout est progressivement devenu voleur puis assassin, notamment à cause du système pénitencier qui le brisa alors qu'il cherchait à se reconstruire.
La dénonciation effectuée par l'auteur n'est pas seulement celle de la peine de mort, mais également celle d'un système judiciaire écrasant dont on ne peut s'échapper. Et puis, l'horreur grimpe, page après page. L'absence de souffrance est-elle celle que l'on promettait avec l'utilisation de la guillotine ? L'auteur nous démontre que la douleur est là, dissimulée dans chaque fibre du condamné et peut-être même au moment où tout s'arrête.
Quelle que soit notre opinion sur la peine de mort, ce roman est un petit bijou qui peut permettre d'avancer dans notre propre réflexion.
Un véritable coup de coeur, vous l'aurez compris.

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