mercredi 13 avril 2016

Jean Anouilh, Le voyageur sans bagage

Présentation :
"Je ne suis pas Jacques Renaud ; je ne reconnais rien ici de ce qui a été à lui. Un moment, oui, en vous écoutant parler, je me suis confondu avec lui. Je vous demande pardon. Mais, voyez-vous pour un homme sans mémoire, un passé tout entier, c'est trop lourd à endosser en une seule fois. Si vous voulez me faire plaisir, pas seulement me faire plaisir, me faire du bien, vous me permettriez de retourner à l'asile. Je plantais des salades, je cirais les parquets. Les jours passaient... Mais même au bout de dix-huit ans - une autre moitié exactement de ma vie - ils n'étaient pas parvenus, en s'ajoutant les uns aux autres, à faire cette chose dévorante que vous appelez un passé."

Pourquoi je l'ai apprécié ?

J'avais découvert Anouilh au lycée et j'étais tombée sous le charme d'Antigone, que j'avais d'ailleurs préférée à celle de Sophocle. : ) Depuis, je n'avais jamais osé relire un de ses textes, par crainte d'être déçue ! Ce ne fût pas le cas. En effet, en lisant "Le voyageur sans bagage" puis "Le bal des voleurs", j'ai découvert deux autres facettes de l'écriture de Jean Anouilh. Un drame avec cet homme amnésique qui découvre peu à peu qu'il était sans doute un être odieux avant de ne plus savoir qui il est. Amoureuse du théâtre et des questions existentielles ;), j'ai donc été comblée. En effet, aussitôt des questions sont apparues : qui serais-je si j'ignorais mon passé ? Si je m'imaginais autre ? Pouvons-nous, avons-nous le droit à une seconde chance ? Cependant, pas d'épanchement excessif, mais la liberté d'imaginer nous-mêmes et simplement les doutes qui grandissent tableau après tableau...
Dans Le bal des voleurs, la légèreté est au rendez-vous et dès la première scène on rit de la bêtise de ces trois voleurs incapables de communiquer entre eux et brisant ainsi la couverture de l'autre (ah tiens, encore une question intéressante à se poser... :D). Mais l'un d'entre eux ne serait-il pas finalement plus honnête que les honnêtes gens.... La comédie pourrait être cousue de fil blanc tant les personnages semblent peu dupes les uns des autres. Or, finalement, ce n'est pas vrai et deviennent dupes ceux qui pensaient tromper... Nous, spectateurs ou lecteurs, devenons alors complices des personnages et nous rions des maladresses ou des mensonges inutiles. Nous nous émouvons également avec Gustave et Juliette.
Lecture rapide et très agréable donc.

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