mardi 8 mars 2016

Bernard de France et ses élèves, La planète lycéenne

Quatrième de couverture :
   "Bernard Defrance nous a déjà dit ailleurs le plaisir qu'il prenait à enseigner, voilà qu'il nous dévoile aujourd'hui encore un peu plus de l'intimité de ses classes, nous donnant à entendre ce que disent, pensent, redoutent, espèrent les lycéens qu'il rencontre chaque année en cours de philosophie de terminale. Aucune intention sociologique ou psychologique ne sous-tend ce travail ; ces lycéens sont-ils représentatifs de leur génération (les textes regroupés s'étalent sur un peu plus d'une décennie, du milieu des années 80 à nos jours) ? Peut-être, mais ce n'est pas certain, tant ces paroles libérées du carcan scolaire (ce ne sont pas des dissertations, ce n'est pas « noté » sont d'une certaine manière intemporelles et renvoient l'adulte à sa propre adolescence, aux doutes et aux espoirs qui l'ont traversé lui-même. Bien sûr les temps ont changé, bien sûr tout cela s'écrit sur fond de crise et de chômage. Ils « osent» parler de leur sexualité, de leurs problèmes relationnels et familiaux. Chemin faisant, ils nous deviennent plus familiers; on finit par les comprendre, faire preuve d'indulgence... Face à l'authenticité de ces récits, les défenses de l'adulte tombent, ses fausses assurances s'évanouissent. Ces jeunes gens et ces jeunes filles lui ressemblent :ils sont révoltés contre l'injustice, aspirent à un monde meilleur, veulent aimer et être aimés, ont peur de s'engager, de procréer, se cherchent indéfiniment..."

Commentaires :


Dans un premier temps, l'auteur présente son travail puis les textes écrits par les lycéens alternent avec ses propres remarques. Les adolescents qui s'expriment ici ne sont pas ceux d'aujourd'hui, les textes ont été collectés dans les années 80 jusqu'au milieu des années 90. Cependant, leurs témoignages sont généralement intemporels. Ils parlent d'amour, de sexualité naissante, d'avenir, de mort, de savoir qui ils sont, etc.

Sommaire :
- Ecrire en cours de philosophie
- Qui suis-je ?
- Violences quotidiennes
- L'école, et après ?
- Conclusion

Quelques extraits (rubrique "Qui suis-je ?" :
 "Il y a quelques mois, j'ai découvert des lettres de mes parents qui sont restés dix-sept ans mariés, et qui sont maintenant divorcés depuis onze ans. [...] Les mots que mon père employait me rappelaient étrangement les lettres que m'envoyaient mon copain... J'ai alors beaucoup réfléchi. Et, là, je me suis rendu compte que, même si c'était la génération précédente de la mienne et que beaucoup de choses avaient changé, nous nous ressemblions..."

"Qui suis-je ? Une question comme celle-là est toujours très perverse, car elle nous remet en cause, et on se ne se connaît jamais entièrement. Suis-je ce que je suis, ou suis-je ce que je crois être, ou encore ce à quoi je m'identifie ? La réponse dépend aussi de la vision que j'ai de moi-même, qui peut être opposée à la vision que les autres ont de moi.
Je suis à un âge où justement on ne sait pas qui on est, où on est obsédé par les questions : que serai-je ? Que deviendrai-je ?"

"[...] notre entourage est rempli d'amis, mais on est seul."

"Peut-être qu'à force de m'entendre dire que je suis fou, je vais le devenir bel et bien... [...] Quand on se reverra, je vous demande de ne pas me conseiller sur ce que j'ai à faire, car nous n'aurions pas le même avis et je sais que c'est vous qui auriez raison.
Tout ce que je viens d'écrire, c'est ce qui me passe par la tête à longueur de journée. Je vais partir à l'étranger. Je ne veux plus savoir comment je m'appelle, ni ce qu'est un stylo. Je vais faire des ricochets sur la place avec mes dernières pièces de monnaie. Je conclus avec une citation d'un de vos élèves (dans votre bouquin) : "Je n'ai pas d'avenir, je n'ai que des rêves"."

"Je suis tolérante à l'égard de tout le monde, sauf à l'égard de mes parents et des gens compliqués."

"Que ferions-nous, s'il ne nous restait que vingt-quatre heures à vivre ?" J'avais répondu que je ne changerais rien à mes habitudes.  C'était stupide. Ce que j'ai ressenti face à la mort, ma mort est complètement indéfinissable. [ce jeune homme avait découvert qu'il pouvait souffrir d'une maladie incurable, heureusement ce ne fut pas le cas] [...]
J'ai pris conscience de ce qu'était la vie.  Je ne me laisse plus marcher sur les pieds par les "je-sais-tout". Je veux arriver à mes fins, en accord avec mon éthique. Pendant ces deux jours, je me demandais : "Qu'ai-je fait, en vingt ans? " Je sais maintenant qu'il faut que je m'affirme, non par rapport à moi-même, c'est déjà fait, je suis unique, mais par rapport aux autres, en communiquant, en acceptant d'apprendre sans cesse, en ne jugeant pas, en écartant la réaction défensive et la tentation de toujours vouloir avoir raison, en essayant de rester sincère, en vivant avec mes convictions. C'est cela qui fait de nous des êtres vivants, humains..."

 "Parce que, si je vis de dons, je ressens aussi ce besoin inexplicable, énorme, de donner : aimer est plus fort qu'être aimé."

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