mercredi 10 février 2016

José Luis Sampedro, Le sourire étrusque

le sourire étrusque
Présentation de l'éditeur :
"Un vieux paysan calabrais malade arrive chez son fils à Milan pour y subir des examens. Il déteste la vie dans le Nord, cette ville hostile et son ciel gris, mais c'est là qu'il découvre son dernier amour : son petit fils, Bruno, qui porte le nom que ses camarades partisans lui avaient donné au temps du maquis. Et, sur le chemin qui le rapproche de la fin de sa vie, c'est aussi la rencontre d'une femme et la révélation de la nature profonde de l'amour: tendresse et complicité, que la dureté de son monde ne lui avait jamais donné à connaître. Au contact de cette femme, mais peut-être encore plus à celui de l'enfant, les derniers jours du vieil homme prennent un tout autre sens, en même temps qu'il donne au petit de la ville de véritables racines. Dans ce roman plein de tendresse, d'humour et d'émotion, l'approche de la mort, la vieillesse, offrent encore de formidables moments de bonheur et d'apprentissage, qui mènent à la plénitude et à la sérénité si bien représentées par le fameux sourire étrusque."

 Citation :

 
"- Des complexes ? Qu'est-ce que c'est ça ? Un truc contagieux des adultes ?
Renato, compatissant, garde son sérieux et s'exprime en termes simples à la portée d'un homme de la campagne. En somme, il faut éviter une trop grande dépendance des enfants par rapport aux parents. Le vieux le regarde fixement.
- De qui est-ce qu'il va dépendre alors ? Il ne marche pas encore, il ne parle pas, il ne peut pas se défendre !
- Des parents, évidemment. Mais sans exagérer. [...]
Le vieux se tait. Un amour au compte-gouttes ? Qu'est-ce que c'est que ça ? Un amour contrôlé, économisé?... "


Pourquoi je l'ai apprécié:
 Rude, solide, viril, un vieux paysan calabrais souffre de devoir s'éloigner de son pays natal pour vivre à Milan avec son fils et sa famille. Il lui semble qu'ici tout est dénaturé. Mais la "Rusca lui mordille le ventre", la Rusca, c'est le nom qu'il a donné au cancer qui petit à petit le ronge et aura bientôt raison de lui. En attendant, il refuse de céder et continue sa vie comme il l'a toujours menée, en se battant. Tout est guerre, il a résisté, en a conservé une balle dans la peau et continue encore. Son fils et sa femme veulent que leur petit grandisse seul, qu'il affronte les nuits en solitaire. C'est inadmissible pour le grand-père qui pense qu'on ne peut être aussi dépendant et affronter seul les peurs nocturnes. Alors, en douce, il organise la résistance et monte la garde près du lit enfantin tout en surveillant si "l'ennemi", les parents, approche. On sourit devant cet homme qui ne parvient pas à boutonner la grenouillère d'un enfant, cet homme qui ne passe rien et pourtant devient bientôt un grand-père aimant, attentif, attentionné, une sentinelle, un relai d'histoire mais également un compagnon où l'amour devient partage alors qu'il était si fier de collectionner les femmes et de les amener à la jouissance. Tout à coup, il songe qu'on peut aimer autrement, en les regardant vraiment.
Belle histoire d'amour transgénérationnelle, transformation profonde d'un homme où sentiments et introspection n'avaient pas le temps d'être étudiés. L'homme était dur, brutal parfois même, juste pourtant même si homophobe... Par habitude, parce qu'il a grandi en enfant illégitime, parce que sa vie n'a pas été facile. Et tout à coup la tendresse inonde son coeur et nous avec.
Un roman où le vieux paysan se souvient de sa vie riche en passions, mais où tout était noir ou blanc. Un roman où la vie devient une existence apaisée, multicolore, où il découvre même qu'un ennemi n'était pas toujours un ennemi. Ainsi il n'avait jamais songé qu'un allemand pouvait également être victime du fascisme. Une bouffée d'espoir à savourer.

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