Jack London et Anna Strunsky, L'amour et rien d'autre



Présentation:
" Roman épistolaire, L’Amour et rien d’autre occupe une place à part dans l’œuvre de Jack London. D’abord parce qu’il s’agit de son seul ouvrage écrit en collaboration – avec Anna Strunsky, étudiante en sociologie et militante socialiste –, ensuite par son sujet: une méditation philosophique sur l’amour. Ayant décidé à l’été 1900 de s’engager dans cette rédaction, chacun d’eux adopta une personnalité: Jack London était Herbert Wace, jeune anglais étudiant à Berkeley, et Anne Strunsky son père adoptif, le poète anglais Dane Kempton, résidant à Londres. Les deux protagonistes échangèrent réellement vingt-neuf lettres par la poste, sur une période de deux ans… Mais cette discussion sur l’amour est également le prétexte à replacer l’homme et son avenir dans le contexte de ce tournant du siècle. Rôle de la femme, valeurs bourgeoises, précarité de la culture, tous ces thèmes abordés avec une étonnante maturité par ces jeunes « co-auteurs » sont, en gestation, tous ceux qui habiteront l’œuvre de London."

Commentaire :

Un ouvrage méritant d'être lu. L'approche tout d'abord est intéressante : il n'est pas courant de voir ainsi deux auteurs se livrer à une forme de joute littéraire.
Un des personnages (lettres écrites par Jack London) vient de se fiancer, seulement il ne compte pas se marier par amour, mais par "raison". Au contraire, Anna Strunsky prend la plume d'un homme, autrefois mentor d'Herbert Wace (personnage de JL), un poète pour qui la vie prend tout son sens lorsqu'elle est illuminée par l'amour.  Chacun d'eux oppose des arguments à l'autre et je me suis surprise à penser "tiens il a raison" puis "ah mais non"... alors que mon coeur allait du côté du poète. :)
Ensuite les thèmes ouvrent largement la voie à différentes réflexions. 
Il y est question de poésie, de pragmatisme, de sélection naturelle remplacée par la sélection humaine (et on découvre au passage une réflexion sur l'homme qui s'imagine Dieu), de comportements "naturels" et culturels (par exemple réflexion glaçante et pourtant peut-être pas erronée... du comportement qu'auraient un homme et une femme grandissant sans aucune culture sur une île déserte).

Citations :
Dane Kampton (Anna Strunsky) : "Toutefois je ne tomberai pas dans ton erreur qui consiste à diviser les hommes en catégories. Ils ne sont pas soit intellectuels, soit sentimentaux, mais bien les deux à la fois. [...] Ressentir et raisonner ne s'excluent pas mutuellement : un grand esprit ressent fortement parce qu'il pense avec profondeur ; il éprouve douloureusement parce qu'il a une grande largeur de vues."

Herbert Wace (Jack London) : "l'homme acquiert une connaissance du monde extérieur par des moyens de perception et de sensations. Les sensations se transforment finalement en sentiments, et la perception s'achève en raisonnement."

Dane Kampton : "Il faut autant de foi que de force pour demeurer soi-même. Quand les apparences se dissipent, que reste-t-il sinon moi ?"

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