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Le droit d'être "bizarre" : autisme ou pas

L'hypersensibilité et le haut potentiel (ou pas)

Depuis quelques années, les publications sur le haut potentiel se sont multipliées. Aujourd'hui encore, le haut potentiel est "bankable", il attire et fait vendre. On y a mis beaucoup de choses, tendant parfois à généraliser ce qui n'était pas général. Ainsi l'hypersensibilité serait une composante essentielle alors qu'en réalité un certain nombre de personnes avec un QI élevé ne sont pas hypersensibles. 
Les définitions fluctuent au fil du temps. 
De plus, en réalité, toute population confondue, nous serions une personne sur cinq à être hypersensible. Si je me fie à mes rencontres, c'est en effet probable. 
Cette hypersensibilité doit être prise en compte selon moi. 
Si un enfant a besoin de moins de bruit. S'il a besoin d'une lumière moins "agressive", est-ce que ce n'est pas le plus important ? L'aménagement des classes et locaux scolaires auraient tout à gagner à prendre en compte qu'au moins un enfant sur cinq n'est pas dans des conditions optimales pour apprendre si lumière "agressive" et/ou local bruyant (au moins car l'hypersensibilité est encore plus répandue chez les enfants).

La "mode" de l'autisme

Aujourd'hui, l'autisme est en passe de supplanter le haut potentiel en termes de "bankable". On l'identifie mieux et puis, chaque personne en souffrance a besoin de réponse et, comme pour le haut potentiel, cela peut en sembler une. Alors, on en parle beaucoup, mais pas de n'importe quel autisme, de l'autisme sans déficience intellectuelle. Des pseudo-spécialistes fleurissent, un peu étrange quand on connaît la difficulté à trouver des personnes qualifiées... 
L'autisme fait partie de ma vie en tant que maman. Définir l'autisme, savoir où il commence ou il s'arrête me semble difficile au regard de ce que je découvre semaine après semaine, mois après mois, année après année. J'ai choisi de ne plus chercher tant parfois cela me semble étrange (personne en grande difficulté et, selon moi, très certainement autiste qui se voit refuser un diagnostic alors qu'une autre personne reçoit un diagnostic positif tout en ayant travail en groupe/conjoint/enfants/amis sans hypersensibilité dominante ni même a priori hyposensibilité marquante), tant parfois il est difficile de trouver de point commun entre deux personnes diagnostiquées autistes avec des profils radicalement différents.
Depuis longtemps déjà, je suis partagée entre le besoin d'étiquette et le refus "d'étiquetage". Le problème en France, c'est qu'on tend à ne pas prendre en compte une difficulté sans étiquette. 
Si besoin, après des années d'observation et auto-formation, j'ai réalisé plusieurs fiches à télécharger gratuitement ici. 

L'étrangeté comme critère

Se contenter d'une étiquette "autisme" ou "haut potentiel", c'est cependant dommage car bien des personnes restent "sur le carreau".
Dernièrement, j'ai participé à plusieurs conférences (lien), un des conférenciers remettait notamment en cause les définitions actuelles pour le haut potentiel. En fait, il considère que ce n'est pas ce qui compte et qu'ainsi des personnes estimées à haut potentiel n'ont en fait aucune différence vraiment significative.
Or, une fois encore, le besoin d'étiquette est ressenti car jugé "non normal", on peut essayer de se fondre dans la masse, de faire semblant d'être ce qu'on n'est pas, haut potentiel ou pas, autiste ou pas, très souvent hypersensible en revanche, ce qui  provoque épuisement et souffrances. Une étiquette ne garantit d'ailleurs pas plus cette acceptation. Il importe de trouver son point d'équilibre.

Le droit d'être "bizarre"

Il m'a fallu du temps encore pour comprendre que j'avais le droit d'être "bizarre" aux yeux des autres, que finalement c'était à moi de m'accepter. J'ai accepté de m'interroger beaucoup, accepté que j'aimais regarder l'eau qui coule, accepté que caresser un muret m'apaise, accepté d'être très sensible, accepté de prendre les choses à coeur, accepté d'être épuisée en groupe, etc. 
En m'acceptant, j'apprends à prendre soin de moi, à respecter mes limites, à découvrir ce qui me convient ou pas. 
Et je réalise toujours plus combien il est important pour un enfant d'avoir le droit d'être "bizarre".
Enfant, je tournais en rond, ma mère commentait peu, c'est passé naturellement. Que se passe-t-il pour l'enfant à qui on dit qu'il est fou d'agir ainsi ? Il perd confiance en lui. Moi, le déséquilibre-équilibre produit m'apaisait, j'ai le souvenir d'une sorte de tracé de contour sécurisant autour de moi.
Enfant, j'ai eu des amis qui me trouvaient souvent bizarre, mais j'ai eu la chance d'avoir des amis qui m'aimaient aussi comme j'étais alors j'étais heureuse d'être avec eux et je gérais sans souci les autres. 
Adolescente, on m'a rejetée car trop bizarre, on m'a harcelée. J'ai énormément souffert.
Avoir du soutien fait toute la différence.
A la fac, j'étais épuisée : trop de monde, trop de bruits, trop de lieux à gérer, trop à organiser. A l'époque, je croyais être devenue une imbécile... 
Désormais je travaille chez moi, à mon rythme. Si je suis épuisée, je sors quelques minutes à l'extérieur. Conséquence : je suis très performante. 
L'adaptation change le regard que nous avons sur nous et ce que nous pouvons réaliser. 
 
Si un enfant semble "bizarre", n'attendons aucune d'étiquette, apprenons-lui à s'aimer tout de même, soutenons-le, voyons ce qu'il peut gérer et ce qui doit être adapté. 
 
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