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Instruction en famille, un courrier pour défendre nos droits

On m'avait demandé un courrier. Très occupée, décidant pour une fois de faire passer mes projets avant la défense de l'IEF, j'avais décidé de ne rien réaliser.

Et puis, différents évènements et la conscience que je connais très bien le sujet m'ont incitée à passer outre ma décision et à vous proposer un courrier.
En effet, je pense que les menaces contre l'instruction en famille sont réelles. Je continue de croire que nos droits seront préservés, mais la vigilance s'impose. Etant donné mon caractère engagé, je ne pouvais pas rester plus longtemps sur le banc de touche aussi je vous propose le courrier suivant (à télécharger au format Word en bas du message - désolée pour la présentation : en copiant de word vers blogger, toute la présentation est décalée, les polices modifiées, le format word est plus "propre"):

"Objet : Encadrer l’instruction en famille

Mesdames et Messieurs les Députés,
Mesdames et Messieurs les Sénateurs,

Depuis plusieurs années, différentes mesures ont été prises afin d’encadrer davantage l’instruction en famille.
Un groupe de discussion doit évoquer des mesures supplémentaires, il a notamment été question de :
·       Interdire l’instruction en famille
·       Lutter contre la radicalisation
·       Soumettre l’instruction en famille à autorisation
·       Exiger des qualifications pour instruire son enfant
·       Contrôler toujours plus, en imposant certainement des tests plus uniformes
·       Lutter contre les associations, regroupements
Nous vous proposons de découvrir nos réflexions à ce sujet afin que vous puissiez en discuter en toute connaissance.
Interdire l’instruction en famille
Si certains élus ont évoqué à plusieurs reprises cette possibilité et même déposé divers projets de loi à ce sujet, la législation française l’a toujours emporté.
En effet, la devise même de la France est « Liberté, Egalité, Fraternité ».
On peut également citer :
« L’instruction obligatoire peut être donnée soit dans les établissements ou écoles publics ou privés, soit dans les familles par les parents, ou l’un d’entre eux, ou toute personne de leur choix. […] » (Article L.131-2 du Code de l’Education).
« Les parents ont par priorité le droit de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants. » Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, 1948, article 26-3.
« Nul ne peut se voir refuser le droit à l’instruction. L’Etat, dans l’exercice des fonctions qu’il assumera dans le domaine de l’éducation et de l’enseignement, respectera le droit des parents d’assurer cette éducation et cet enseignement conformément à leurs convictions religieuses et philosophiques. »Protocole additionnel à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales, 1952, article 2, protocole n°1.
« La liberté de créer des établissements d’enseignement dans le respect des principes démocratiques, ainsi que le droit des parents d’assurer l’éducation et l’enseignement de leurs enfants conformément à leurs convictions religieuses, philosophiques et pédagogiques, sont respectés selon les lois nationales qui en régissent l’exercice. » Charte des droits fondamentaux de l’Union Européenne, 2002, Article 14-3.
Et un dernier article car, ne l’oublions pas, le choix d’apprendre à domicile peut être celui de l’enfant :
« Les Etats parties garantissent à l’enfant qui est capable de discernement le droit d’exprimer librement son opinion sur toute question l’intéressant, les opinions de l’enfant étant dûment prises en considération eu égard à son âge et à son degré de maturité. » Convention internationale des droits de l’enfant, 1989, Article 12-1

Lutter contre la radicalisation
Chaque français désireux de maintenir la paix se sent concerné par le terrorisme.
Cependant, convenez avec nous que ce ne sont pas des familles isolées qui sont une menace. Pour endoctriner un enfant, l’amener à être soldat terroriste, il convient de créer une atmosphère particulière et dans ce cas une école clandestine semblerait une meilleure option. Quel lien avec l’instruction à domicile ?
Au contraire, la majorité des familles sans école ne fait pas ce choix pour une question de religion. Un vaste appel à témoignages[1] lancé en avril 2018 a révélé que, toutes religions confondues (christianisme, judaïsme, islam, etc.), seules 7, 4 % des familles optaient pour l’instruction en famille pour des raisons religieuses et cette raison n’est JAMAIS isolée.
De plus, TOUS les terroristes qui ont fait l’objet de faits meurtriers ont fréquenté les bancs de l’école.
L’enquête de la mairie permet de s’assurer que les enfants vont bien. 

Soumettre l’instruction en famille à autorisation
Sur quels critères se baserait cette autorisation ?
Aujourd’hui, le CNED règlementé peut être obtenu pour diverses raisons. Or, c’est une véritable loterie : certains enfants peuvent en bénéficier sans souffrance majeure lorsque d’autres en grande souffrance se voient opposés un refus.
Le risque pourrait également être un CNED règlementé pour tous les enfants obtenant cette autorisation. Or, la solution CNED suit le modèle classique habituellement proposé en classe. D’une part, cela irait à l’encontre de la liberté pédagogique indispensable et légitiment due ; d’autre part, ce système ne convient absolument pas à un certain nombre d’enfants qui ont un besoin viscéral d’apprendre autrement. Aujourd’hui le système scolaire français ne peut pas se targuer de ses excellents résultats, n’est-il pas important de tenter d’autres alternatives ?
Si une autorisation devait être accordée, celle-ci serait nécessairement soumise à des critères subjectifs. Or, est-il possible d’évaluer scientifiquement un besoin d’apprendre en dehors de l’école ?
Si une autorisation était accordée, cela reviendrait à nier la liberté fondamentale qui est pourtant un des piliers fondateurs de notre nation ! En effet, un parent doit avoir le droit de choisir comment instruire son enfant. Chaque parent choisit quelle liberté vestimentaire, quelle liberté alimentaire,  quelle liberté de sorties adolescentes, quelle liberté face aux écrans, quelle liberté de parole ; chaque parent opère librement tous ses choix éducatifs. En quoi la liberté d’instruction est-elle différente ?

Exiger des qualifications pour instruire son enfant
Une des craintes fréquentes, y compris d’ailleurs chez les parents qui envisagent d’instruire leurs enfants, est la peur de manquer de qualification.
Or, il ne s’agit pas ici d’instruire une classe, mais d’instruire un ou plusieurs enfants issus d’une fratrie.
Un certain nombre de parents optent pour des cours par correspondance ou des cours particuliers. En France, les parents sans aucun soutien particulier sont finalement une petite poignée.
Il s’agit ici aussi de comprendre une particularité de l’instruction en famille : en instruction en famille, le parent progresse avec l’enfant, mieux encore l’enfant apprend à apprendre seul. Ainsi des enfants apprennent des langues étrangères que les parents ne connaissent pas, des enfants excellent en mathématiques ou géographie alors que leurs parents avaient des difficultés.
En 2017, Isa LISE a réalisé une recherche la plus objective possible afin de connaitre les résultats au bac de candidats qui avaient grandi sans école[2]. Le taux de réussite était alors de 80 % dont 52 % avec mention. Les jeunes ayant échoué s’étaient présentés sans grande conviction ou après de grandes souffrances scolaires. Le manque de qualification des parents n’était donc pas en cause. Peut-on en dire autant de la souffrance scolaire ? Manifestement non !

Contrôler toujours plus, en imposant certainement des tests plus uniformes
Pourquoi cette volonté renouvelée de contrôle ?
Pourquoi considérer les parents a priori comme irresponsables ?
Voici les 5 principales raisons pour instruire son enfant hors école (le pourcentage indiqué à droite indique le nombre de réponses positives aux choix proposés parmi 30 questions- Ces 30 questions correspondant aux raisons avancées pour le choix de l’IEF) :
  1. Respecter le rythme d'apprentissage de mon enfant (84,7 %) 
  2. Respecter le rythme de vie de mon enfant : sommeil, repas, besoin d'aller aux toilettes librement, etc. (73,5 %) 
  3. Lui permettre d'apprendre dans une ambiance détendue et en confiance (66,7 %) 
  4.  Lui permettre d'être libre de bouger lorsqu'il en a besoin, de ne pas apprendre assis s'il le désire.  (66,7 %) 
  5. Lui offrir du temps pour lire, ne rien faire, inventer, etc. (66,2 %)
S’agit-il de réponses irresponsables ou bien de réponses de parents attentifs ?
Est-ce que vouloir le meilleur pour son enfant nécessite d’être un suspect a priori ?
Les tests uniformes sont avancés comme un moyen de s’assurer de l’instruction réelle. Ces tests uniformes ne peuvent cependant pas correspondre à la réalité pour deux raisons principales.
La première raison principale est qu’aucun d’entre nous n’apprend au même rythme. Or, moins cela est compris à l’école, plus les familles sont tentées par l’instruction en famille. La première raison avancée pour ce choix n’est-elle pas « le respect du rythme d’apprentissage de mon enfant » ? Avez-vous appris à marcher, parler au même âge que votre frère ou votre sœur ? Il en va de même pour tous les apprentissages !
La seconde raison est que des tests uniformes ne tiennent pas compte de la liberté pédagogique. Il n’existe pas une seule façon d’apprendre. Vous avez certainement entendu parler de la méthode Montessori, vous savez donc qu’elle n’est pas identique à ce qui se pratique en classe. Cette méthode n’est pas la seule alternative, il existe en réalité bien des façons d’apprendre et c’est d’ailleurs cette méconnaissance qui pose régulièrement des soucis lors des contrôles problèmes.
En effet, comment évaluer quelque chose qu’on ne connait pas ? La seule façon d’y parvenir est de s’informer et de rester ouvert[3]. Cela ne peut donc pas passer par des tests uniformes !
Si les enfants ayant l’habitude de supports scolaires peuvent réussir de tels tests, les autres peuvent se trouver en difficulté, ce qui, vous en conviendrez, va à l’encontre du principe d’équité pour tous. C’est encore plus vrai pour les enfants à besoins particuliers.
Lutter contre les associations, les regroupements
Nous avons également entendu parler d’une lutte contre les associations, les regroupements. Le motif avancé étant encore une fois la crainte de l’extrémisme, mais aussi la crainte d’école de faits.
Or, il est important pour les familles de se retrouver. Si un certain nombre de familles se retrouvent dans des associations, elles ne sont généralement pas à caractère religieux et lorsqu’elles le sont, ne nous défions pas avec exagération. Par exemple, il existe des associations pour développer sa foi chrétienne depuis fort longtemps, des enfants scolarisés les fréquentent également. Si une association vous semble poser problème, c’est une autre surveillance dont il est question et cela n’a rien à voir avec la communauté sans école.
La plupart des regroupements visent à développer la socialisation de l’enfant, ils permettent aux enfants de jouer ensemble, de partager une sortie pédagogique.
Merci

Nous vous remercions de l’attention portée à ce courrier et nous vous invitons à nous contacter et nous rencontrer si vous souhaitez plus d’informations.
Essayons de bien vivre ensemble. Préservons le droit d’apprendre autrement.

Veuillez agréer, Mesdames et Messieurs les Députés, Mesdames et Messieurs les Sénateurs,
l'assurance de nos considérations respectueuses.

Isa LISE


[1] http://apprendreavecbonheur.blogspot.fr/2018/04/resultats-sondage-pour-les-familles.html
[2] http://apprendreavecbonheur.blogspot.fr/2017/07/bacheliers-sans-ecole-en-2017.html
[3] Afin de vous informer, n’hésitez pas à vous tourner vers la bibliographie sur l’instruction en famille, en particulier les livres d’Isa LISE dont « Faire l’école à la maison » qui vous propose des témoignages avec différents choix d’IEF."

Le courrier au format Word est à télécharger là.

Merci d'avoir lu cet article et à très bientôt !



 
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Commentaires

  1. Bonjour Isa-Lise, merci pour cette proposition !J'ajouterai bien pour ma part que nier la liberté pédagogique et le besoin d'un enfant d'apprendre autrement, c'est mettre gravement en péril son droit à l'instruction....

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    Réponses
    1. Très juste Bleuette... Merci pour ce retour.

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