lundi 6 février 2017

Transmettre ses valeurs


Lorsque nous nous sommes lancés dans l'aventure de l'instruction en famille, nous nous sommes décidés parce que le système scolaire classique n'était pas adapté aux besoins de nos filles.
Nous avons poursuivi pour la même raison, mais également pour différentes raisons dont celle de la transmission de nos valeurs. Ce n'était pas une motivation première, mais le meilleur moyen de transmettre une valeur est d'en montrer l'exemple.
Dès les premiers jours, certains ont commenté en expliquant que c'était une mauvaise idée d'instruire nos enfants, qu'elles ne seraient pas prêtes à affronter la dure loi de la jungle.

10 ans après, je vous propose de découvrir ce que j'en pense.


La dure loi de la jungle


Le monde d'aujourd'hui n'est pas facile.
Aujourd'hui, j'entends quasiment tout le monde se plaindre de son travail. Trop de stress. Trop de patrons qui ne respectent pas leurs employés. Trop de mauvaise ambiance. Trop de soucis.
Avec tous ces trop, de plus en plus de personnes éprouvent des soucis de santé physique et/ou psychologique.
Avec tous ces trop, de plus en plus de personnes réagissent radicalement:
  • par la multiplication d'arrêts maladie
  • par une démission
Démissionner pour quitter un environnement qui ne convient pas et tenter une autre aventure...
Tiens, ça me rappelle quelque chose... ce ne serait pas l'IEF?
C'est ce que j'avais d'ailleurs écrit il y a près de 10 ans... On peut démissionner d'un emploi qui ne convient plus du tout, pourquoi ne pourrait-on pas le faire de l'école? De notre côté, nous savions que ce n'était généralement pas un problème d'enseignant, mais un problème de système inadapté. Nous sommes allés voir ailleurs...

L'exemple contre la cour de récré


Lorsque j'étais enfant, les cours de récré étaient parfois bien agitées. Mais, en classe, peu d'enfants bougeaient une oreille... Il faut dire que, dans ma classe, nous avions tous en mémoire l'histoire de ce garçon dont l'oreille avait été coupée par la règle en fer de la maitresse de CE2... Il s'agitait trop à son goût, la règle avait sévi... habituellement elle tapait les doigts ou frôlait les oreilles, là elle trancha... le médecin fut nécessaire... A cette époque là, les parents ne portaient pas plainte... Elle fut absente de l'école quelques jours, la règle disparut...
C'était aussi un temps, pas si lointain, où un bonnet d'âne était parfois posé sur une tête ou une autre et où, pendant la durée de la récréation, on se promenait avec cet infâme couvre-chef.
Un temps révolu, heureusement !

Aujourd'hui les règles de fer n'ont plus le droit de voler. Les bonnets d'âne, aussi.
Mais, aujourd'hui, de plus en plus d'enfants sont agités. Pourquoi? Les hypothèses sont nombreuses. Je n'en débattrai pas aujourd'hui. Le fait est qu'en classe, il est plus difficile d'étudier dans le calme.
Il semble aussi que les bousculades se multiplient, les mots grossiers, aussi.
A mon époque, il y avait parfois des rejets au primaire, mais ils étaient généralement peu durables et moins fréquents qu'aujourd'hui. On me raconte qu'aujourd'hui ils arrivent plus tôt...
Le fait est que nos filles ont appris leurs premiers mots grossiers à l'école. Parfois, quand ça ne fonctionne pas comme il veut, leur papa en dit un, pas très joli d'ailleurs, elles ne l'avaient jamais répété. De mon côté, à cette époque là, aussi étrange que ça puisse paraître, je n'en disais pas (ce n'est plus le cas et deux d'entre eux déclinés à plusieurs sauces reviennent régulièrement... je ne les ai pourtant pas appris à l'école... sic...).
Le fait est qu'elles ont vu ou vécu des situations d'intolérance à l'école.

Pour nous, tolérance et politesse sont des valeurs importantes. Il nous a semblé qu'elles seraient plus faciles à transmettre sans école. Nous n'aurions pas choisi l'instruction en famille pour ça, mais les précisions ci-dessus nous confortaient dans l'idée que c'était une bonne décision.
10 ans après, elles sont polies et tolérantes.

Transmettre des valeurs, une bonne ou une mauvaise idée?


Transmettre des valeurs sans école est sans doute plus facile. Pourtant, dans ce monde agité et changeant, on peut se demander parfois si certaines ne sont pas dépassées ou de mauvaises idées.

Nous avons transmis la politesse et la tolérance donc, mais également la gentillesse, la créativité, la capacité à être un esprit ouvert, curieux et libre...
  • La politesse ouvre des portes. Ne pas utiliser trois mots grossiers à la suite, être capable de soigner son vocabulaire, c'est une marque d'attention à l'autre, c'est toujours une qualité appréciée dans notre monde d'aujourd'hui. 
  • La gentillesse est-elle toujours appréciée?... Oui et non... Lorsque vous êtes gentil, on vous trouve aimable. On peut aussi vous croire ennuyeux, c'est étonnant de voir comme on revendique aujourd'hui bien davantage la mauvaise humeur que la gentillesse. Heureusement ça n'a jamais été un frein aux rencontres. Lorsque vous êtes gentils, on apprécie votre sourire. Le hic, c'est que certains en profitent. Mon mari et moi en avons parfois payé le prix. Moralité: il est aussi important d'apprendre à dire "non" et de repérer les parasites de la gentillesse. 
  • La curiosité saine, celle qui nous permet de nous intéresser à la différence, quelle qu'elle soit, est une qualité essentielle selon moi. C'est elle qui nous pousse à chercher des nouveautés, à nous cultiver, à apprendre toujours, à nous améliorer et à élaborer de nouvelles stratégies, à être créatif. C'est donc une qualité dans un monde changeant et multiple.
  • Dans un monde en perpétuel mutation, il me semble important d'être créatif, de créer artistiquement bien sûr, mais aussi d'imaginer de nouvelles options.
  • L'ouverture à la nouveauté, c'est une bonne chose, c'est être capable de s'intéresser à des idées nouvelles qu'elles soient nouvelles car innovantes ou nouvelles car liées à une autre culture que la nôtre. En effet, une culture n'a pas besoin d'exister à l'autre bout du monde pour être différente de la nôtre. Là encore, sans ouverture à la nouveauté, difficile de s'adapter à un monde mouvant.
  • La tolérance est un complément de l'ouverture. Car si on ouvre son esprit pour découvrir une nouveauté, ça ne signifie pas qu'on soit prêt à accepter une réalité différente. L'enjeu de la tolérance, c'est de parvenir à réaliser qu'on a une idée sur le sujet, mais qu'on est prêt à entendre une idée différente, à la respecter dans la mesure où elle ne vise pas l'intégrité d'une personne extérieure. La tolérance, c'est donc être prêt à accepter des croyances, des apparences, des modes de fonctionnement, des valeurs différents de nous... C'est très loin d'être facile la tolérance. Et c'est d'autant plus difficile que le monde d'aujourd'hui n'est pas tolérant. Des lois pour la tolérance existent. De plus en plus de personnes tendent vers plus de tolérance, mais comme le remarquait l'une de mes filles dans un magnifique texte sur la tolérance, les plus tolérants d'entre nous sont les tous petits. Ils se soucient bien peu de notre look, de nos vêtements, de notre apparence, de nos goûts, de nos idées, tout le monde est un copain de jeu potentiel. Et puis, on commence à croire qu'on est plus que l'autre... aucun de nous n'y échappe à un moment ou un autre... Et s'il est possible de l'imaginer à l'occasion, il importe de cultiver la tolérance malgré tout, de se dire qu'on pense avoir compris, savoir mieux, mais que la vérité de l'autre mérite qu'on s'y intéresse et parfois nos certitudes s'en trouvent bousculées... L'autre sera-t-il tolérant pour autant? Etre victime d'intolérance lorsqu'on est soi-même très tolérant est alors une injustice terrible. Or, les jeunes ados scolarisés sont souvent des champions de l'intolérance... Heureusement le temps passe et si, à un moment donné, je me suis demandée s'il avait été juste de tant encourager la tolérance, je reste convaincue que le meilleur moyen pour une évolution positive de notre monde est la tolérance. 
  • La liberté d'esprit est une notion plus complexe qu'il n'y parait. Mes filles sont des esprits libres, elles ont leur propre mode de pensée. Par exemple, elles ont imaginé leur style vestimentaire, style qui a suscité l'intolérance de leurs ados-pairs scolarisés et qui, lorsqu'ils grandissent, importe moins aux jeunes scolarisés et aux adultes. La liberté d'esprit a parfois un prix: celui de l'intolérance. La liberté d'esprit, c'est aussi être capable d'imaginer, une fois encore, des chemins différents, d'avoir des idées nouvelles. Alors je crois toujours qu'elle mérite d'être cultivée.

Conclusion

Au final, est-ce que je regrette d'avoir transmis mes valeurs?
Non, même si ça n'a pas toujours été évident. Et apparemment elles aussi ne le regrettent pas. :)



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8 commentaires:

  1. Je crois qu'on n'a de toute façon pas tellement le choix, qu'on le souhaite ou non, on transmet forcément nos valeurs à nos enfants par nos gestes, nos choix, nos paroles. Il me semble important d'insister sur celles qui nous sont les plus chères, comme une base qui servira toute sa vie à notre enfant. Je ne me rappelle pourtant pas que mes parents m'aient réellement "appris" mes valeurs, je les ai integrées naturellement et au jour le jour. Tu as raison cependant, il faut savoir les transmettre à nos enfants par l'exemple et par la parole (école ou pas - l'éducation dans tous les cas ne s'arrête pas à la porte d'une salle).

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  2. Merci pour ton passage Picou. Effectivement, difficile de ne rien transmettre: valeurs ou certains défauts d'ailleurs ;) Quoi que nous fassions, nous influençons nos enfants. Nous pouvons ensuite plus ou moins les influencer, consciemment ou inconsciemment par nos exemples et nos réactions.
    Cependant les valeurs ne sont pas sur un plan similaire. Ainsi la politesse et la gentillesse s'apprennent essentiellement par l'exemple. La créativité, la liberté d'esprit et la tolérance ont besoin aussi d'encouragements donc finalement d'efforts supplémentaires des parents. Avoir un enfant libre d'esprit, ça veut dire par exemple accepter qu'il vous remette en question très tôt sans y voir une insolence. L'insolence, selon moi, c'est par exemple un enfant qui agit mal (jeter un objet sur un autre, hurler sur quelqu'un) et qui lorsqu'on commente cette attitude vous répond en vous insultant et en vous disant que vous n'avez rien à dire. Mais si moi, je hurle et que je lui dis qu'il n'a rien à dire lorsqu'il se plaint, c'est aussi une attitude inadaptée.
    Bonne journée ! :)

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  3. C'est toujours un risque en IEF, cette transmission des valeurs sans gardes-fou en quelque sorte.
    C'est sans doute pour cela qu'il faut aussi veiller à ce que l'enfant puisse confronter aussi les valeurs que nous lui transmettons à l'aune de cette vie en pleine "jungle".
    Répéter à un enfant qu'il faut être gentil, poli n'a pas de ses en soi s'il ne peut pas l'essayer et se dire "ah oui...ça marche!".

    Certaines valeurs ne sont pas toujours aussi positives et l'IEF peut conduire à des dérives (même si elles sont rares, nous le répétons nous-mêmes assez souvent sur nos blogs respectifs). L'IEF peut aussi transmettre des valeurs d'intolérance, de méfiance envers l'autre, sans parler de valeurs religieuses d'un autre temps.

    Je pense que l'IEF n'a pas le "monopole du coeur" et que la tolérance, la gentillesse, l'ouverture d'esprit peuvent également être transmises par les familles non-IEF, par des rencontres, voire même par des profs géniaux (certes rares mais cela peut se produire).

    Maintenant j'approuve ta description de la cour d'école et de tout ce qui va avec. C'est sans doute pour cela que l'IEF s'est imposée à nous également. Mais pas que quand même...

    Et puis dans le fond, nous n'avons pas eu vraiment cette sensation de "transmettre" par exemple verbalement ou en formalisant à partir de concepts un peu basiques (comme par exemple: si tu es gentil, les autres le seront avec toi... Et là, j'approuve ce que tu écris lorsque tu notes qu'alors parfois l'enfant en IEF peut devenir "trop" gentil et ne pas avoir alors toutes les armes pour contrecarrer un comportement "pervers" de fausse gentillesse).

    Je crois que l'exemple positif de l'entourage reste le meilleur atout quel que soit le choix "d'école".
    Et je dirai même que c'est certainement plus difficile pour les familles scolarisantes qui doivent en permanence "recadrer", ajuster, défaire, tout remettre à plat lorsque leur enfant revient de l'extérieur avec un comportement (paradoxalement) inadapté voire presque déviant déjà.

    Nous, nous n'avons pas cette difficulté, nos enfants nous observent nous seuls en permanence et ils vivent en "sécurité affective " permanente, on va dire. Il me semble que pour nous, le travail de transmission est plus aisé d'une certaine façon !!!

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    1. Merci pour ton retour très complet Valérie. :)

      En effet, tu as très justement indiqué que les familles sans école n'ont pas le monopole du coeur !
      Il ne s'agissait bien sûr pas d'écrire que les familles avec école ne transmettaient aucune valeur: les valeurs s'apprennent en large partie par l'exemple. Une famille scolarisée gentille et tolérante respire gentillesse et tolérance.

      Finalement, transmettre, c'est un peu ça, c'est inspirer et expirer ses valeurs et comme me l'a fait remarquer une autre maman : "peut-on vraiment ne pas transmettre ses valeurs?"
      Difficile d'aller à l'encontre de ce que nous sommes et de ce qui nous importe.

      Finalement avec mon billet, j'ai eu deux objectifs:
      - évoquer une des motivations secondaires d'un bon nombre de familles sans école: transmettre plus facilement nos valeurs.
      - montrer aussi qu'une transmission de valeur se fait plus naturellement (car pas de "rupture" éducation à la maison/éducation-instruction)à la maison, mais aussi qu'une valeur peut avoir certains pendants. La transmission ne devient alors plus seulement passive, mais aussi active car réfléchie.

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  4. J'oubliais...Bonne journée. Valérie

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    1. Bonne journée à toi aussi ! :)

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    2. Oui, oui, je partage ton avis selon lequel la transmission se fait peut-être plus fluidement, plus profondément pour les enfants accompagnés par leurs familles (et donc les familles en IEF, bien entendu au premier chef).

      C'est à mon sens une question aussi de sécurité affective (dont manque cruellement certains enfants dont les parents, par exemple, sont très "occupés", on va dire).

      Néanmoins en IEf, cette transmission de "bons sentiments" (que j'approuve, je le souligne) a son pendant. Ici, nous avons quatre enfants gentils, tolérants, ouverts (si, si) et adultes pour trois d'entre eux et pourtant...la vie ne leur fait pas de cadeaux parfois. Comme tu l'as dit, c'est un peu la jungle ! Néanmoins, ils ne changeraient pour rien au monde. Ils pensent qu'ils militent à leur façon pour "un peu de tendresse dans un monde bruts". Bon, ça a l'air de marcher...

      Valérie

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    3. Tu complètes mon billet :)
      Merci pour ta conclusion! Idem pour les filles. ;) Bonne journée Valérie!

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