dimanche 10 juillet 2016

Renforcement des contrôles en IEF : la peur vs les faits


renforcement des contrôles

Les différents visages de l'instruction en famille


Si l'instruction en famille ressemble à l'école et si l'enfant n'a pas de problèmes particuliers, il est probable que les mesures envisagées ne changeront rien à vos réalités et j'en suis heureuse pour vous!☺

Pratiquer une instruction proche du modèle école à la maison est votre droit !
Pratiquer une instruction différente est le droit d'autres familles comme nous.

 Hélas des tests et paliers imposés iraient à l'encontre de nos choix.
La première raison est que nous refusons d'évaluer nos enfants tant qu'ils n'y sont pas prêts.
La seconde raison est que nous ne croyons pas à l'évaluation, nous ne sommes pas les seuls... Maria Montessori et Freinet par exemples préconisaient davantage l'auto-évaluation. Des écoles parallèles ne pratiquent ni la notation ni l'évaluation dirigée.
La troisième est que nous refusons que le contrôle porte sur les épaules de l'enfant.



L'obligation d'indiquer une progression


Ces derniers temps j'ai vu circuler sur la toile ce que je considère comme de très mauvaises idées.
Ainsi il a été question d'indiquer les objectifs atteints et la progression qui sera suivie.
Il y a dix ans, cette idée ne m'aurait pas choquée, j'avais préparé une jolie progression pour mes filles puisque si je ne voulais pas exactement reproduire l'école à la maison, j'avais tout de même de jolies théories et une formation d'enseignante et de bonne élève qui me formataient.
Entre temps j'ai découvert que les enfants n'entrent pas toujours dans les cases qu'on leur a réservées.
Entre temps j'ai découvert qu'on pouvait apprendre autrement et que c'était plus proche des besoins de mes enfants.
Oui nous sommes des libre-schooleuses, nous n'entrons donc pas dans les clous d'un modèle "école à la maison".

Indiquer une progression rassurerait sans doute les personnes en charge du contrôle et je crois même que ça rassurerait ceux qui s'inquiètent d'apprentissages vécus différemment.
La confiance est pourtant nécessaire.
Confiance en des familles ou des écoles qui essaient d'autres approches. Il suffit de discuter avec moi ou elles pour s'apercevoir que mes filles n'ont pas vécu sans instruction. Après-demain, mardi, je vous proposerai de découvrir comment l'une a appris librement en sciences et pourtant obtenu 16 aux épreuves anticipées du bac. Pas instruite, vraiment ?
Confiance en l'enfant, en sa volonté d'apprendre. Les tout-petits ont un formidable appétit d'apprendre.

La prise en compte des profils particuliers


Parfois la prise en compte est promise, parfois la réalité est autre... Nous l'avons vécu, nous ne sommes pas les seuls.
Hors proposition du ministère, j'ai également pu lire que ces profils devraient être justifiés par un certificat médical. Il faut souvent des années pour obtenir une reconnaissance... surtout lorsqu'il s'agit de troubles particuliers comme un syndrome asperger ou une dyspraxie...
D'autre part un enfant peut avoir besoin de plus de temps sans avoir un "profil particulier", devrait-il entrer dans les clous des tests pour autant ?
Une famille peut également faire le choix de ne pas stigmatiser son enfant en ne souhaitant pas fournir de certificat, certificat qui sera ajouté au dossier de celui-ci. Généralement les phobies disparaissent au fil du temps, les certificats, non...

La radicalisation comme justification


Dans le mémoire de Nicole Terrillon, il a été évoqué la loi de 1998. Les dérives sectaires étaient alors la justification pour modifier la loi.
Ségolène Royal avait cependant précisé (p79) "ces dispositions ne sont pas uniquement destinées à lutter contre les dérives sectaires, mais instaurent une nouvelle protection en faveur de tous les enfants qui risquent d'être dangereusement marginalisés suite aux choix éducatifs de certains parents."
Lutte contre les dérives ou volonté de choisir à la place des famille ? Par peur ?
Une fois encore sans confiance nul ne peut avancer...

Aujourd'hui la radicalisation est évoquée, sans faits puisque aucun des terroristes ayant commis un attentat en France ne vient de l'instruction en famille... Faut-il interdire ou contrôler davantage l'école? Faut-il interdire aux enfants de rencontrer des personnes musulmanes parce qu'on aurait peur de l'autre ? Les personnes musulmanes ne sont pas des terroristes. Les terroristes sont des fanatiques.  Sans confiance impossible de communiquer les uns avec les autres. 

Les "c'est la faute de..."


  • Si durcissement des contrôles, c'est à cause  des familles qui pratiquent les apprentissages autonomes. 
  • Si durcissement des contrôles, c'est à cause des familles qui ont refusé les contrôles.

Flashbacks

- N'hésitez pas à lire ce mémoire rédigé par Nicole Terrillon (lien) "L'instruction en famille comme alternative à l'école- Sa place entre norme juridique et norme sociale".
Le document date de 2002 donc avant les mouvements refusant les contrôles, avant la nouvelle circulaire, alors même qu'il y avait plus de familles proches de l' "école, mais à la maison" qu'aujourd'hui, mémoire basé sur les contrôles après la nouvelle loi de 1998.
Extraits choisis :
  1. p 65 "mais les conflits semblent maintenant se durcir et se focaliser sur les contrôles depuis l'application de la nouvelle loi qui, nous le rappelons, date du 18 décembre 1998." [...] "les contrôles prévus par la loi créent des tensions et des différends de façon récurrente."
  2. p 88 :"Les inspecteurs, fonctionnaires de l'Education Nationale, ne se réfèrent pas à la loi stricto sensu lors des contrôles, mais plutôt à une norme sociale, véhiculée par l'institution scolaire et qu'ils imposent aux familles, ce qui contraint celles-ci à une obligation de résultat."
  3. p 110 :"les agents de l'administration mandatés par cet inspecteur avaient procédé comme leurs autres confrères, en référence aux programmes officiels et dans l'attente d'un niveau annoncé par avance : niveau scolaire attendu "CP"".
  4. p 110 : "l'avocat de la défense a très bien cerné le problème. Cette obligation [de résultat] dit-il est quasi impossible à remplir puisqu'il faudrait que l'enfant ne soit jamais moins bon que la moyenne dans tous [les] domaines de compétences.
  5. p 111 : On trouve l'exemple d'une enfant contrôlée 3 mois après la déscolarisation, le contrôle peut donc difficilement porter sur les acquis en instruction en famille et pourtant le rapport dit que l'instruction est insuffisante ! Même conclusion pour toute la fratrie...
  6.  p 117 : "Ils soulignent aussi qu'elle a un bon niveau en anglais et un très bon niveau en espagnol", ce qui n'apparait pas dans le bilan."
  7.  p 134 : Si les parents n'obéissent pas à la norme sociale (c'est-à-dire suivent un autre modèle que l'école plus ou moins reproduite à la maison), si la personne en charge du contrôle est elle très attachée à cette norme, le contrôle est négatif.
- N'hésitez pas à relire également le document réalisé par Alain Quatrevaux dans Les cahiers de la recherche sur l'éducation et les savoirs.(Lien) Document réalisé en 2011 donc avant les mouvements refusant les contrôles.
Vous y retrouverez pourquoi des contrôles ont pu être difficiles. 

La faute des familles qui ont refusé des tests, des contrôles, vraiment ?

Certains contrôles aujourd'hui se passent bien !
Certaines familles n'ont plus à lutter comme nous l'avons fait et à être menacées comme nous l'avons été.
N'oublions pas pourquoi des contrôles ont été refusés : il suffit de relire les flashbacks... Pour ma part j'ai refusé une convocation dans un collège parce que nous y étions allés, parce que le contrôle n'avait pas été respectueux de nos choix, parce qu'il n'avait pas été respectueux de mes filles, parce qu'on avait attendu d'elles bien plus que d'un enfant scolarisé du même âge. 
C'est parce que nous nous sommes battus pour faire respecter nos droits, parce que nous avons montré la réalité de l'instruction de nos enfants, parce que nous avons contribué à mieux faire connaître l'instruction en famille que des contrôles se passent mieux.
Faudrait-il revenir en arrière ?
Pour ma part je crois qu'il vaut mieux continuer d'informer, de répondre calmement lorsqu'on nous demande quels sont nos choix et comment nous les mettons en pratique.
Je crois qu'une formation/information croissante des personnes en charge du contrôle permettra enfin des rapports pacifiés dans la majorité des contrôles.

La faute des associations ?

A plusieurs reprises j'ai lu que les associations ne faisaient pas leur travail. Les associations ce sont des parents comme vous et moi.
Etes-vous certains que vous auriez mieux fait ? Oui ? Dans ce cas pourquoi ne pas vous engager, les associations ont besoin de personnes dynamiques, informées (ou volontaires pour l'être) et ouvertes à toutes les réalités de l'instruction en famille.

N'oubliez pas que sans le dialogue entamé avec le ministère depuis des années, nous aurions pu être mis devant le fait accompli. N'oubliez pas qu'elles ont su se retrouver dans le CPLI crée en décembre 2006 à cause du projet de loi évoqué ci-dessous.

Dans tous les cas n'oubliez pas que ce n'est pas la première menace... En 2007  (évoqué ) il avait ainsi été question de largement restreindre l'instruction en famille... Les associations se sont mobilisées. Mes filles et bien d'autres ont pu grandir sans école.

Restons unis.

13 commentaires:

  1. Comme tu sais je n'ai jamais franchi le pas de l'IEF, mais j'espère que la lecture de ton blougui, et d'autres, ont influé sur ma façon d'aborder les choses avec ma douce. Et je reste persuadée de la nécessité de l'existence de ce mode d'instruction…

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    1. Merci Domi de ton fidèle soutien ! Heureuse de voir que mes billets ont eu leur importance pour toi dans l'accompagnement de ta fille.

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  2. bel article, merci de rappeler tout ça !!

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    1. ça me semblait important... plus que jamais il me semble important que nous nous serrions les coudes...
      Merci pour ton petit mot.

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  3. entièrement d'accord avec toi ! merci pour ce chouette article !

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    1. Merci Laetitia pour ton retour, il me fait chaud au coeur... Certains matins comme aujourd'hui je me demande pourquoi je me bats..

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  4. Je partage aussi ton avis Isa Lise et je te remercie encore de te battre pour nos enfants, vraiment merci de tout cœur! Carine

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  5. Contrairement à 2007, un décret a été voté et il reste à voter l'application. Nous sommes beaucoup plus près d'un changement radical en matière d'inspection et pas dans le bon sens. J'ai lu et relu ton article qui comporte de belles réflexions, mais je ne vois rien qui puisse apporter une solution qui puisse convaincre le gouvernement de faire volte-face. Depuis 2007, la sensibilisation auprès des différents députés a été faite. En dépit de cela, le gouvernement hausse le ton et serre l'étau... La sensibilisation ne semble plus suffisante. Quel est le plan B qui permettrait de satisfaire l'approche de tous et convaincrait le gouvernement?

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    1. Ce n'est pas le décret qui a été voté mais les amendements :) Et ils n'ont pas encore été validés.

      Une sensibilisation prend du temps... Le plan B c'est de continuer à sensibiliser... Je ne suis pas forcément d'accord non plus avec tout ce qui circule, mais je crois que Laurence anticipe trop et offre un revolver pour tirer : des conditions pour des tests qui seraient certes mieux que des tests à tout va mais qui restent inadaptés...

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    2. Le plan B c'est de continuer à lutter et pourquoi pas à proposer d'autres propositions comme celles que j'ai pu noter dans mon autre billet.

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  6. Tu écris "Aujourd'hui la radicalisation est évoquée, sans faits puisque tous les terroristes ayant commis un attentat en France ne viennent pas de l'instruction en famille... ". Cela sous-entend que certains terroristes viennent de l'IEF or aucun n'en vient. Ils ont tous été à l'école publique certains était même de la dass !

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    1. Bonsoir Valeine, en écrivant "tous les terroristes... ne viennent pas", cela signifie bien qu'aucun n'est issu de l'instruction en famille. Maintenant je comprends ce que tu veux dire dans le sens où la négation peut prêter à confusion, je vais modifier la phrase.
      Bonne soirée.

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