jeudi 9 juin 2016

Liberté pédagogique et retour au calme


 Retour au calme

Ce matin je suis allée sur le groupe des Jeudis de l'éducation afin de découvrir le sujet du jour: "Retour au calme" et aussitôt j'ai fait le lien avec l'actualité, avec la liberté pédagogique menacée, avec le calme que je ne ressentais pas, avec le désir que les familles faisant des choix pédagogiques différents soient entendues (école à la maison ou école hors contrat)...

Ce retour au calme est surtout centré autour des enfants... Mais est-ce possible lorsque l'adulte est agité ? Autant que possible j'ai essayé de préserver mes filles des agitations qui pouvaient parfois me secouer... ce n'est pas possible... un enfant est un être qui se nourrit des émotions autour de lui et un adolescent sensible devine... Pour ma part j'ai donc opté pour l'honnêteté: non je ne suis pas calme, parfois je suis triste, en colère ou même déprimée... Ressentir une émotion est naturelle, se sentir parfois abattu également. En acceptant ses émotions (sans pour autant faire de l'enfant un confident) on l'autorise à ressentir les siennes, à comprendre que nos émotions ne sont pas si souvent liées à lui...

Le retour au calme pour l'enfant ça peut-être un moment partagé, ça l'est aussi pour nous...
Le retour au calme est généralement lié à un besoin naturel satisfait : boire, manger, être entendu, dormir, bouger, aller aux toilettes... oui parfois un enfant est agité simplement parce qu'il a besoin de satisfaire un besoin naturel. Et là aussi ça peut-être valable pour nous...

Pour ma part j'ai besoin d'un retour au calme... hier après-midi au moment de dire en revoir à un de mes petits élèves que je suis depuis un moment déjà, un petit élève qui se passera de moi quelques temps ou longtemps... tout s'est mis à tanguer... Pourtant je suis parvenue à rentrer chez moi... Trop d'émotions avec les évènements de ce jour d'autant que je gère également un déménagement et que j'accompagne les filles dans leurs projets, trop de retard également pris dans mon travail d'auteure...
Un retour au calme s'impose et pourtant personne engagée je peux difficilement me résoudre à ne pas tenter encore quelques mots...


Mes billets ont été très suivis par la communauté sans école, peu par le reste de la communauté française...

Pourtant ce matin j'ai découvert trois articles :
- Un article de La croix : Contrôle des écoles hors contrat, mesure liberticide  car oui l'instruction en famille n'est pas seule dans l'oeil du cyclone...
- Un article dans Le monde : Des contrôles renforcés dans l'enseignement hors contrat et "à la maison"   : raisons évoquées pour imposer tests et paliers : instruction lacunaire (en se basant sur les procès en cours sans préciser qu'il s'agit souvent de conflits administratifs) et risque de radicalisation alors que les terroristes étaient issus de l'école classique...
Et je réalise que si beaucoup ne réagissent pas, c'est probablement parce qu'ils ne savent pas ce qu'est en réalité la liberté pédagogique...
- Un article dans l'Express : L'école à la maison dans le viseur du gouvernement.


Liberté pédagogique


Lorsque nous avons eu ce contrôle qui ne s'est pas bien déroulé, lorsque les filles ont été testées, j'ai pris conscience que la liberté pédagogique n'avait pas la même signification pour les enseignants présents et moi.

Pour eux, la liberté pédagogique c'était suivre le programme mais dans un autre ordre de présentation.
Pour eux, c'était utiliser un autre manuel.
Pour eux, c'était utiliser parfois des jeux, des approches concrètes mais aussi et surtout des exercices scolaires indispensables pour évaluer.

Mais la liberté pédagogique c'est bien plus que ça.

On peut ne pas évaluer... un enfant n'a pas besoin d'être évalué par un adulte pour apprendre... Avez-vous besoin d'être évalué pour savoir que vous savez cuisiner ? Bricoler ? Réparer ? Faire votre travail ? Ou bien évaluez-vous vous-même votre réussite ou vos erreurs ? N'est-ce pas le résultat de ce que vous faites qui vous montre si oui ou non il faut remettre à jour vos connaissances et techniques?
Et si parfois l'enfant repère un exercice dans un cahier où une note est attribuée, ce n'est pas une évaluation, c'est un choix et souvent un jeu pour l'enfant... simplement parce qu'il n'y a pas d'attente de l'adulte...
Dans ce cadre de non évaluation comment des tests imposés pourraient-ils respecter la liberté pédagogique ?

Des évaluations sans lien avec ce qui est fait, la manière dont l'enfant apprend. 
Les évaluations scolaires sont prévues pour le programme et les compétences étudiées en classe.
Imposer ces évaluations revient à être obligé d'étudier programme et compétences imposées, sans aucune liberté pédagogique.
Ici l'évaluation avait en plus eu lieu sur des thèmes historiques vus deux ans plus tôt, sur des compétences pas encore travaillées quand d'autres "en avance" sur les enfants scos n'avaient pas été prises en considération...  C'est le problème des non concordance entre nos choix d'apprentissages correspondant à leurs intérêts et leurs capacités du moment et le programme... Une évaluation basée sur un programme et des méthodes différents pose donc un réel problème. L'enfant se trouve en difficulté, il n'est ni entendu ni respecté dans ses apprentissages.
Un comble quand on y pense... les enseignants eux-mêmes ont besoin de savoir comment fonctionnent habituellement les élèves pour bien les évaluer (lien), comment dans ces conditions une évaluation par une personne inconnue pourrait-elle rendre justement compte des connaissances et compétences d'un enfant ?

Le programme change régulièrement... On peut choisir un autre programme, un autre ordre de présentation des notions en se basant sur les besoins et la progression de l'enfant.
Comment des paliers, des compétences imposés à tel âge pourraient-elles respecter ces besoins?
Tous les enfants scolarisés lisent-ils couramment à 8 ans?  Pourquoi faudrait-il que tous les enfants non scos lisent couramment à 8 ans? On peut être fort en maths ou en bricolage par exemple et avoir besoin de temps pour la lecture... Presser un enfant, c'est le décourager, c'est créer un blocage... Combien d'enfants détestent l'école parce qu'on n'entend pas leur besoin que leur rythme soit suivi?
Pourquoi interdire aux parents d'écouter leur enfant en imposant des paliers uniques et arbitraires?

On peut choisir de ne pas utiliser des cahiers scolaires, ils ne conviennent pas à tous les enfants...
Mais alors comment peut-on apprendre ?
De mille autres façons...
Et c'est pourquoi il est indispensable que les personnes en charge du contrôle s'informent ! Comment pourraient-elles respecter la liberté pédagogique sans connaître Montessori, Freinet, Reggio, Mason, Steiner ou bien les apprentissages autonomes ?
Ces apprentissages ne sont pas dans des cahiers scolaires, ils peuvent s'associer à des cahiers mais ils peuvent être actifs sans !
Ici j'ai centré l'instruction autour de mes filles donc elles n'ont pas été instruites à l'identique. Le programme a rarement été suivi, les méthodes en place également...
Dictée, cours de grammaire sont absents... Cette année est la première année où L., 15 ans, écrit avec contrainte parce qu'elle l'a choisi... Avant il s'agissait d'écriture libre. Elle est dysorthographique, doit par conséquent se concentrer et fatigue en écrivant et pourtant elle a de vraies qualités littéraires et fait bien moins d'erreurs orthographiques que bien des ados non dys... sans dictée, sans grammaire formelle, sans lecture ou écriture imposée, mais pas sans rien faire ni rien proposer, simplement en tenant compte de ses besoins à elle..


Voici les autres contributions aux jeudis de l'éducation

10 commentaires:

  1. Ton article est très intéressant, et je trouve effectivement complètement ridicule d'imposer des évaluations en décroché aux enfants non-sco, pour vérifier leur niveau...
    C'est en plus complètement paradoxal avec les nouveaux programmes de l'école, où l'on insiste justement sur le fait que chaque enfant doit avancer à son rythme! Ou l'on cherche à valider les acquis des enfants lorsqu'ils sont prêts, et pas lorsque le calendrier scolaire le dicte...
    C'est bien beau de l'écrire sur le papier, encore faut-il s'y tenir dans la réalité...
    J'ai du mal à comprendre cette chasse aux sorcière contre l'école à la maison! Je suis instit et je vois bien les limites de notre système. Il n'est pas adapté à tous, et il faudrait le réformer complètement pour pouvoir accueillir correctement tous les enfants...

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    1. Merci Calouve pour ton retour, ça me touche qu'une enseignante s'exprime sur le sujet.
      Je crains fort qu'il ne s'agisse d'une mesure destinée à dissuader les familles d'instruire leurs enfants et c'est vraiment dommage de prendre les choses par le mauvais côté... car des familles inquiètes, j'en entends et en lis souvent... des familles qui n'ont pas choisi d'instruire leurs enfants par conviction mais parce que leur enfant était en souffrance... Et c'est ce qui me peine le plus dans ces mesures : pas une seule minute cette souffrance n'est prise en considération...

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  2. Merci pour cet article très juste dont je partage 100% du fond !

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  3. Merci pour tous ces beaux articles récents, à propos de ce sujet qui nous préoccupe tant.
    Pour être professeur d'école en dispo (précisément qui veut prendre ses distances ;-) ), je sais à quel point l'évaluation est une obsession, c'est le mot exact, pour l'Education Nationale.
    Petite anecdote entendue en salle des maîtres, à propos d'une évaluation commune en histoire que j'ai "oubliée" de faire passer: "Ah bah maintenant, ça fait une semaine, c'est plus la peine de leur donner, ils auront tout oublié!"

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    1. Merci beaucoup Hélène pour ce commentaire édifiant qui vient illustrer en partie les raisons pour lesquelles je pense que les tests sont une mauvaise idée.
      Bonne soirée à vous !

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  4. J'aime beaucoup ta remarque sur le fait que les enfants non-sco se doivent tous de savoir lire à 8 ans.
    Ce qui me rend triste, c'est que pour moi l'IEF était avant tout la possibilité de respecter le rythme de l'enfant. Et qu'à mes yeux, on nous retire l'essentiel, ne nous laissant que leur rythme sans aucune prise en compte de ce qui existe ailleurs. Je pense souvent à ces jeunes japonais qui ont tous un cours lié à la vraie vie obligatoire : ils peuvent choisir cuisine, couture, menuiserie, etc. En cours avec des notes, qui comptent dans la moyenne au même titre que les autres, mais qui en France n'ont à présent absolument plus aucune valeur car non inscrite dans le Programme.

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    1. Ce type de cours serait pourtant utile... même si bien sûr je serais contre la notation. ;)
      Quant aux mesures, tout n'est pas encore perdu... Je crains que la ministre ne veule rien écouter mais elle n'est pas la seule à décider...

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  5. Eh oui les enfants sont évalués mais les parents instructeurs, c'est surtout ça que j'en retiens aussi...Nous vivons dans un pays où tout doit être contrôlé, où tous devons être dans la norme...(soupirs)

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    1. Malheureusement Valérie avec ces tests imposés ce seront les enfants qui seront contrôlés, pas l'instruction réelle reçue... Et pour moi il est inadmissible que tout repose sur leurs épaules. La poursuite du travail d'un enseignant ne dépend pas de la réussite de tous ces élèves, de surcroit avec tests pas forcément conformes à ce que ces élèves ont vu et de la manière qu'ils l'ont vu. Sinon il n'y aurait plus aucun enseignant en France.

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