mercredi 1 juin 2016

Lettre ouverte à Madame la Ministre de l'Education Nationale



Madame la Ministre de l'Education Nationale,

C'est avec tristesse que j'ai appris qu'un décret visant à limiter la liberté d'instruction était envisagé.

Avec tristesse car je suis une française attachée à son pays, à ses valeurs, à sa devise "Liberté, égalité, fraternité".

Nos ancêtres se sont battus pour que nous soyons libres, pour que nous vivions dans une démocratie.
Dans le monde entier, la France est connue comme le pays des droits de l'homme, parfois rêvée comme un pays de liberté.
Cette liberté a-t-elle moins d'importance pour vous que pour moi ? Je ne peux me résoudre à y croire aussi ai-je choisi de vous adresser cette lettre ouverte.

La liberté d'instruire son enfant a toujours existé en France, elle est garantie par la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, le Protocole additionnel à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, la Charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne et le Code de l'Education.
Instruire son enfant est un droit que vous ne semblez pas vouloir nier avec ce décret que vous envisagez de signer.

Si tests et paliers de connaissances sont imposés, la liberté d'instruire son enfant sera cependant considérablement affectée.

Avant de pratiquer l'instruction en famille il y a bientôt 10 ans, j'ignorais tout de cet univers... j'étais emplie de fausses certitudes... je croyais que l'école à la maison, c'était comme l'école dans la maison et peut-être que ce jour-là j'aurais pensé que des paliers et des tests, ce n'était rien. Mais ça n'est pas le cas...

La vie et cette expérience m'ont permis de découvrir une toute autre réalité.
Mon expérience auprès d'enfants scolarisés en difficulté, également.
  • A propos des paliers prévus à la fin des cycles

 
Un enfant n'est pas une machine, il n'est pas programmé pour savoir faire ceci ou cela à tel ou tel âge, chaque enfant a sa propre musique intérieure... Si je comprends qu'il soit difficile (même si je crois que ce n'est pas impossible) de suivre le rythme personnel de chaque enfant scolarisé, l'instruction en famille permet à chaque parent éducateur de le suivre, de tenir compte des besoins de son enfant, d'aller plus vite s'il en ressent le besoin, moins vite si c'est le cas.

Certes viser un palier n'impose pas de le réussir, mais
- D'une part un parent instruisant son enfant peut choisir de ne pas le viser tant que l'enfant n'est pas prêt. De cette manière l'enfant conserve sa confiance en lui. Trop souvent j'ai pu constater combien mes petits élèves doutaient d'eux lorsqu'on attendait d'eux une compétence pour laquelle ils n'étaient pas encore prêts...
Or un enfant qui ne croit pas en lui tend à se détourner des apprentissages...
Les parents peuvent ainsi l'encourager à suivre ses intérêts et développer des connaissances dans des domaines spécifiques en lien avec des notions scolaires ou non ainsi un enfant pourra développer ses connaissances en ornithologie ou bien en archéologie.

- D'autre part il n'existe pas une seule manière d'apprendre et imposer des paliers suppose de respecter un mode de fonctionnement unique, j'y reviendrai dans la partie suivante.

  • A propos des tests imposés
 Des tests écrits ou oraux me semblent également une très mauvaise idée.
Certaines familles les apprécient, il est donc important de leur laisser ce droit.
Mais d'autres familles les refusent pour les raisons suivantes :
- Un enfant scolarisé voit-il son passage en classe supérieure soumis à une série de tests uniques? Au risque d'être malade, fatigué, peu concentré ce jour-là? En effet si certaines personnes en charge du contrôle acceptent que l'enfant ne réussisse pas parfaitement, ce n'est pas systématique... Nul ne peut être performant à chaque instant, dans tous les domaines...
Au nom du principe d'équité je vous demande de ne pas exiger ces tests des enfants non scolarisés. 

- Un contrôle pédagogique est souvent un moment stressant pour l'enfant instruit en famille, or ce stress augmente les chances d'obtenir de moins bons résultats.
Dans Liberté pour apprendre, Carl Rogers dénonce le postulat affirmant qu'"enseigner, c'est évaluer ; évaluer, c'est enseigner", précisant que 10 à 50 % des étudiants en première session de psychologie échouent à cause de la pression...
Est-il normal de faire peser une telle pression sur les épaules d'un enfant en pleine construction de lui-même ? Là encore c'est au nom du principe d'équité que je vous demande de ne pas exiger ces tests : la poursuite du travail d'un enseignant n'est pas lié à la réussite de tous ses élèves, la poursuite de ce travail ne pèse pas sur les épaules des enfants. 

- Au nom de la liberté je vous demande aussi de ne pas imposer ces tests afin que chaque enfant puisse apprendre de la manière qui lui convient.
Là encore je peux vous parler de mon expérience personnelle, de mes enfants qui ont longtemps appris sans exercices scolaires, de leur capacité à citer une expérimentation réalisée des années plus tôt sans avoir donné lieu à un résumé écrit mais parce qu'elle avait été vécue pleinement, de la réussite de ma fille aînée au bac l'an dernier avec une année d'avance alors même qu'elle n'avait pas suivi les divers paliers, mais ses propres besoins.

Comme cela se pratique aujourd'hui il est tout à fait possible de vérifier la progression de nos enfants grâce aux supports utilisés, aux échanges avec les parents. 

Nous ne sommes pas des fous qui avons oublié d'instruire nos enfants, nous sommes des parents impliqués. 
Nous avons choisi de nous adapter à eux pour mieux les instruire.
Nos enfants ont parfois beaucoup souffert dans le système éducatif actuel, parfois apprendre à la maison a été une question de survie, apprendre autrement a pu se révéler indispensable. 

Madame la Ministre de l'Education nationale, pouvez-vous me promettre qu'aujourd'hui plus aucun enfant n'est en souffrance dans le système scolaire actuel ? Pouvez-vous me promettre que ce système est adapté à chaque enfant? 

Je crains fort que non... Alors je vous prie de nous laisser libres d'expérimenter d'autres méthodes, de centrer l'instruction autour de nos enfants sans les enfermer dans des dogmes qui ne leur correspondent pas.

Madame la Ministre de l'Education Nationale, pour l'avenir de nos enfants, je vous demande solennellement de ne pas signer ce décret.

Veuillez agréer, Madame la Ministre de l'Education Nationale, l'assurance de ma parfaite considération.

Isa LISE


19 commentaires:

  1. N'ont t'ils pas assez de difficultés qu'ils faillent en rajouter, je suis scandalisée que notre liberté ne soit pas respectée, que veut t'elle avec cette loi ,? J'ai pas compris pourquoi la poignée d'enfants instruits en famille les gênent ?

    RépondreSupprimer
  2. Lors d'un entretien avec une équipe de la MDPH, J'avais simplement demandé au médecin scolaire qui nous demandait pourquoi notre files n'était pas scolarisé, s'il pouvait m'assurer que notre fils y bénéficierait de la même qualité d'enseignement, de la prise en charge et de son instruction et de son handicap ?

    Sa réponse a été claire: c'était non !

    Alors, il serait temps que l'Etat mette le nez dans son incapacité à fournir une école pour tous qui vise une instruction égale quelles que soient son origine (sociale, ethnique) et ses capacités individuelles et intellectuelles. Sans oublier l'épanouissement, la dignité et la sécurité de l'enfant.

    On est loin du compte...

    Après, c'est juste une question de liberté à respecter, inscrite dans à peu près tous les textes fondamentaux. Donc, il n'y a pas à toucher à la liberté d'instruction avec ou sans tests, point !

    Valérie

    RépondreSupprimer
  3. Très beau texte !!! Si seulement elle pouvait t'entendre et même mieux.. t'écouter !!! J'oscille entre colère, tristesse et dégoût depuis jeudi dernier... Envie de me battre pour nos libertés, mais j'ai de plus en plus de mal à croire qu'on nous écoute et qu'on nous respecte. :-(

    RépondreSupprimer
  4. Bravo pour votre bataille, malheureusement la ministre actuelle reste dans sa tour d'ivoire et impose ses idées sans aucune concertation.
    Avez-vous essayer d'envoyer votre texte à divers journaux, télévisions?
    Je crains qu'avec l'actualité chargée : football ( en premier car d'ici peu nous n'entendrons parlé que de cela), loi sur le travail et les inondations ( et, oh combien triste avec toutes ces personnes touchées), que le décret ne soit signé dans l'indifférence totale.

    RépondreSupprimer
  5. Merci pour vos retours... partager d'autres expériences montre également nos réalités...

    Act, oui j'essaie mais... j'ai toujours été plus dans le partage que la publicité et je n'ai pas de contacts presse... En avez-vous ? Et je me refuse à ce que ce décret soit signé dans l'indifférence, jusqu'au bout je garderai la lueur allumée.

    RépondreSupprimer
  6. Bravo pour cette très belle lettre !!

    RépondreSupprimer
  7. Bonjour,

    Votre courrier est magnifique!

    Pour ce qui est des médias envoyé des mp sur Facebook aux chaînes parfois ça fonctionne, en expliquant que le gouvernement profite de l'engouement autour de la loi travail pour faire passer discrètement d'autres lois qui bafouent nos lois et nos convictions.

    Nous pourrions peut-être faire de même après vous, pour les insiter à publier votre lettre.

    Avec tout mon soutien

    Audrey

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bonjour Audrey,
      Merci pour votre retour. :) A ce jour j'ai contacté trois médias sans retour pour le moment...

      Supprimer
    2. France 2 a répondu via Facebook, essayez pour voir. S'ils en reçoivent plusieurs dans la journée peut-être qu'ils réagiront. Là ils m'ont demandé à quelle émission ça s'adressait, j'ai dit le JT.

      Essayez de votre côté pour voir.

      Supprimer
    3. Voici les liens qu'ils m'ont donné

      https://www.facebook.com/mediateurinfofrance2/?fref=ts&refid=12&ref=bookmarks

      Supprimer
    4. http://blog.francetvinfo.fr/mediateur-info-france-2/

      Supprimer
  8. Très belle lettre,puisse t elle nous aider à rester libre!!!

    RépondreSupprimer
  9. Bonjour Isa,
    Je vois que partout,nous sommes à fond sur le sujet .Sur un blog sur lequel je viens de passer, elle a quand même reçu 2 réponses des députés qui vont dans notre sens en expliquant que cette loi n'est pas pour le plus grand nombre de l'IEF, mais pour un petit noyau .
    Après, les paroles çà n'engage pas grand chose ,donc continuons toutes et tous !
    On est avec toi !
    PS : J'adore la photo avec l'ardoise !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tant mieux si des réponses arrivent ! :)
      Plusieurs députés ont réagi à certains courriers, c'est positif. :)
      Bonne journée !

      Supprimer
  10. Dans cette affaire, la Cour Européenne des Droits de l'Homme ne pourrait-elle pas être saisie afin d'examiner le bon respect de la priorité des parents sur le choix éducatif de leurs enfants en France puisque celle-ci dispose de voies de recours juridictionnelles et amiables ?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Différents recours sont possibles et les familles instruisant leurs enfants se battront pour les droits de leurs enfants, mais ne serait-il pas plus sain que le gouvernement se décide à entendre les enfants ?

      Supprimer