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Lettre ouverte au Gouvernement français, à l'Assemblée nationale, au Sénat et aux Citoyens français

Monsieur le Président de la République,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Députés,
Mesdames et Messieurs les Sénateurs,
Chers concitoyens,

Actuellement la communauté non scolarisante est inquiète face aux différentes mesures envisagées :
Décret  fixant des conditions de contrôle de l'instruction en famille, conditions non respectueuses de la liberté pédagogique.
- Amendement imposant le lieu du contrôle par l'administration et injonction de scolarisation si deux refus de contrôle (y compris si raisons fondées de le refuser ?).
- Proposition de loi par Mr Ciotti visant à autoriser l'instruction en famille uniquement dans certaines situations.

Face à de telles mesures nous sommes tous concernés. 


  • De telles mesures seraient contraires aux valeurs de liberté de la France.

     

Rêvée comme une terre de liberté, appelée pays des droits de l'Homme, la France peut-elle perdre cette liberté première qui consiste à choisir l'éducation donnée à nos enfants et par extension l'instruction reçue ?
Quel meilleur moyen d'apprendre la libre-pensée que d'avoir ce droit ? Ce premier droit d'une possibilité de grandir et d'apprendre dans un autre lieu que l'école.
Ecole ou instruction en famille, chaque choix a ses avantages et ses inconvénients. Il ne s'agit pas d'opposer l'un à l'autre mais d'avoir le choix, d'avoir le droit d'apprendre autrement.

La liberté d'instruire son enfant est garantie par la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, le Protocole additionnel à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, la Charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne et le Code de l'Education.
Pouvez-vous balayer ces textes et amputer la liberté française de ce droit fondamental ?

Limiter l'instruction en famille aux familles autorisées à pratiquer ce choix, c'est amputer ce droit.
Imposer tests et paliers, c'est également amputer ce droit puisque cela contraindrait les familles à suivre un programme et des méthodes particulières, cela contraindrait les enfants à apprendre à l'identique.

  • Qui peut savoir si demain vous n'aurez pas besoin d'instruire votre enfant ? Si un enfant de votre entourage n'aura pas besoin d'être instruit ainsi ? 

    Si vous ne désirerez pas instruire autrement ?


Instruire son enfant est un droit garanti par notre constitution, par la devise même de la France : "Liberté, égalité, fraternité", être instruit en famille est également un droit indispensable pour de nombreux enfants.

Une école privée n'est pas toujours la réponse...

Certains enfants ont besoin de rester quelques temps loin des murs de l'école pour se reconstruire parce qu'ils ont souffert de harcèlement scolaire, parce qu'ils souffrent de phobie scolaire.
L'instruction en famille peut être brève.
Certains parents souhaitent que cette souffrance soit entendue et leur enfant bénéficie d'une autorisation leur permettant d'utiliser le CNED réglementé, cours par correspondance de l'Education nationale.
Parfois la souffrance n'est pas reconnue, je connais plusieurs enfants ne pouvant pas aller à l'école et  n'ayant pas obtenu cette autorisation.
D'autre part certains parents préfèrent que leur enfant reprenne des forces sans signaler cette souffrance, pas par honte, mais parce qu'ils ne voient pas l'intérêt que cette souffrance soit notée ici ou là.

Certains enfants ont des besoins particuliers à tel point qu'ils perdent pied, qu'ils perdent confiance en eux dans un système classique...
Ainsi de nombreux enfants à haut potentiel apprennent à la maison... Certains ont connu des dépressions très tôt, faute de trouver leur place à l'école, faute de parvenir à apprendre autant qu'ils le voulaient, plus encore lorsque des difficultés dys sont également une composante de leurs particularités.
De plus, de nombreux enfants dys ou autistes sont instruits en famille... Rarement les enfants dys bénéficient d'une autorisation pour apprendre à la maison, l'école devrait s'adapter à eux... Ces enfants sont alors déclarés en instruction en famille, ils n'obtiendraient probablement pas la précieuse autorisation si une autorisation était nécessaire.
Parfois l'enfant a simplement besoin de plus de temps sans être dys pour autant, apprendre à la maison lui permet de prendre le temps afin d'éviter de douter de lui.

Certains enfants ne sont tout simplement pas faits pour un programme purement scolaire : sommes-nous tous attirés par les activités manuelles ou intellectuelles ?
Il est tout à fait possible d'apprendre autrement que par des exercices scolaires, mes filles et de nombreux autres enfants en sont un vivant témoignage et pourtant, sans école, l'aînée a réussi le bac l'an dernier.

Dans les faits combien d'enfants à besoins particuliers souffrent à l'école en étant dys ? Combien de ces enfants croient en leurs capacités en étant scolarisés ?
Certains enseignants font leur possible pour les aider, mais les paliers imposés font peser sur les épaules de ces enfants une pression renouvelée qui les empêche de croire en eux durablement...
Il ne s'agit pas de savoir s'il faut déscolariser tous les enfants dys, chaque famille a le droit de choisir entre école à la maison et école.

Il s'agit simplement d'avoir le choix d'apprendre autrement, d'utiliser d'autres pédagogies (par exemples Charlotte Mason, Montessori ou Steiner), de suivre le rythme unique de l'enfant instruit que celui-ci ait des besoins particuliers ou non.

  • De telles mesures seraient contraires aux valeurs de fraternité de la France


Par solidarité envers les enfants qui ont besoin d'apprendre autrement, comment pourrait-on limiter le droit d'instruction à l 'école? A un système unique alors que nous sommes tous différents?
Refuser ce droit aux enfants qui ont besoin d'apprendre autrement, c'est manquer de fraternité envers eux.
Pourquoi faudrait-il passer par un diagnostic de handicap pour avoir  le droit d'être instruit en dehors de l'école? Un enfant un peu plus lent, un enfant en situation de phobie ou même un enfant dys peuvent ne pas avoir besoin de l'étiquette "handicap", c'est à chacun de choisir ce qui lui convient, toujours au nom du principe de liberté !
Et si ce droit d'apprendre hors école était accordé avec quelles méthodes cette instruction serait-elle organisée?  Avec les méthodes du CNED qui sont identiques à celles de l'école? Elles n'offrent pas même la souplesse possible dans certaines écoles expérimentales. Mais une fois encore ces méthodes classiques ne conviennent absolument pas à un certain nombre d'enfants...
Refuser d'amputer la liberté d'instruire son enfant, c'est aussi faire preuve de fraternité envers les enfants qui ont besoin d'apprendre autrement tant que tous les enfants à besoins particuliers ne bénéficient pas d'une instruction correspondant à leurs besoins.

  • De telles mesures seraient contraires aux valeurs d'égalité de la France

De telles mesures seraient contraires aux valeurs d'égalité puisqu'elles ne permettraient pas à chacun d'avoir les mêmes chances de réussite.
Une instruction totalement personnalisée est difficile à mettre en place à l'école, les parents qui instruisent leurs enfants peuvent centrer l'instruction autour de leur enfant.
Une fois encore il s'agit d'avoir le choix. Choisir d'instruire son enfant n'est pas un choix de facilité : si on centre l'instruction autour de son enfant, on choisit de s'investir pleinement, mais choisir entre école et école à la maison doit être possible pour chacun de nous. 

Ces mesures seraient également contraires aux valeurs d'égalité de la France si les contrôles se basaient sur la réussite des enfants à des tests de niveau.
Aucun travail d'enseignant n'est basé sur la réussite totale de tous ses élèves.
Aucun enseignant ne se voit menacé de perdre sa place s'il ne parvient pas à cet objectif. Or si des tests étaient imposés systématiquement, ce serait un risque réel : l'instruction donnée pourrait donner lieu à des exigences disproportionnées.
De même ce serait une pression infernale exercée sur un ou plusieurs enfants, est-ce équitable? Est-ce juste ? Est-ce légal ? 

Comme cela se pratique déjà, il est tout à fait possible d'évaluer la progression des apprentissages à partir des supports, à partir d'une liste remise par les parents sur les activités réalisées, à partir d'une discussion autour de ce qui a été fait tout au long de l'année. 

Aussi
Monsieur le Président de la République,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Députés,
Mesdames et Messieurs les Sénateurs,
Ne signez pas un document contraire aux valeurs françaises, pensez "Liberté, égalité, fraternité".
Ne vous laissez pas guider par la peur, la méfiance, informez-vous, rencontrez-nous, documentez-vous.
Nous sommes des familles comme les autres.

Oui, chers concitoyens, nous sommes comme vous.
Certains d'entre nous ont de solides revenus, d'autres font de nombreux sacrifices financiers.
Certains d'entre nous sont très diplômés, d'autres n'ont pas de diplôme mais peuvent faire appel à des aides extérieures en cas de besoin.
Nous sommes des familles nombreuses ou des familles avec un seul enfant.
Nous sommes de toutes les couleurs.
Nous sommes de toutes les catégories sociales.
Nous avons des convictions parfois différentes les uns des autres, comme vous et moi.
Nous n'avons pas toujours choisi l'instruction en famille pour les mêmes raisons.
Nous sommes simplement des familles françaises avec des droits français.
Peut-être demain serez-vous l'un d'entre nous.
Peut-être demain aurez-vous un proche concerné si ce droit existe encore...

Il n'appartient qu'à vous, Monsieur le Président de la République, Mesdames et Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs les Députés, Mesdames et Messieurs les Sénateurs, de faire respecter le droit et les valeurs françaises.

Il n'appartient qu'à vous, chers concitoyens, d'unir vos voix aux nôtres parce que la France n'a jamais eu peur de se battre pour la liberté.

Veuillez agréer,  Monsieur le Président de la République, Mesdames et Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs les Députés, Mesdames et Messieurs les Sénateurs, Chers concitoyens,
l'assurance de mes considérations respectueuses.

Isa LISE

Commentaires

  1. Beau plaidoyer !

    Alors que l'Education Nationale ne trouve pas nécessaire de scolariser les enfants "en situation de handicap" (c'est le terme politiquement correct), elle imposerait pourtant à tous d'aller à l'école.

    De qui se moque-t-on? L'école n'a pas de leçon à donner aux parents. Nos enfants sont citoyens français et européens, pas les enfants d'Etats aux velléités totalitaires.

    Peut-être un jour, les familles non scolarisantes comme les familles avec un enfants autiste devront-elles s'exiler...

    En ce moment, nos élus perdent leurs nerfs, marchent sur la tête au nom d'un principe de précaution inutile et illusoire.

    Que chacun reprenne ses esprits, les enfants non scolarisés ne sont pas des terroristes en devenir, de même que les méthodes d'apprentissage proposées à l'école sont loin de convenir à tous les enfants.

    Et puis, il y a cette petite chose galvaudée en ce moment et que pourtant, nous comme nos élus devrions continuer de chérir: LA LIBERTE !!!

    Valérie

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