mardi 5 janvier 2016

Socialisation et instruction en famille


Ah La question ! La grande question que tout le monde se pose, le principal argument opposé lorsqu'on évoque ce choix d'instruction en famille, argument qui fera qu'on scrutera parfois toute attitude ou choix de votre enfant, question qui curieusement ne se pose pas lorsqu'un enfant est scolarisé alors qu'il est également concerné...
Cette question évidemment je me la suis aussi posée.

Deux idées sont en fait contenues dans le terme de socialisation.

  • La socialisation : les bonnes manières, bien se comporter en société


La première concerne les bonnes manières, la façon de bien se comporter les uns avec les autres, le respect d'autrui. Or ces valeurs ne sont-elles pas avant tout des valeurs transmises en famille ?
En règle générale, quasiment tous les enfants non scos que j'ai rencontrés étaient polis, certains étaient plus prompts à rendre service et plus à l'écoute que d'autres, comme les enfants scolarisés. ☺
De mon côté j'ai surtout envie de vous demander si vous pensez que tous les enfants scolarisés sont respectueux les uns des autres ? Jamais de problème de harcèlement?  Jamais de rejet ? De coups physiques portés aux autres ?
La semaine dernière encore (décembre 2014, au moment où j'ai écrit cet article), j'ai vu deux fillettes qui rentraient de l'école en se jettant des coups de pied, je me suis demandé en quoi cela pouvait être amusant... Elles étaient donc scolarisées...
Mais l'objectif du message n'est pas de vous dire que les enfants scos sont mal élévés et peu sociables. Au contraire certains enfants scos sont charmants et j'en fréquente chaque semaine ! L'objectif est simplement de vous dire que cette forme de socialisation n'est pas directement liée à l'instruction en famille ou à l'école. ☺

  • La socialisation : être en contact avec les autres

   Deuxième idée : la socialisation en tant que contacts réguliers avec autrui.
Dans un premier temps j'ai manqué de vous dire que c'était une question qu'on ne se posait jamais lorsque les enfants sont scolarisés, mais je crois que c'est faux... Elle se pose aussi pour les enfants en souffrance ou simplement avec des besoins plus grands de tranquillité, de solitude ! 

   Les réalités des enfants non scos sont très différentes : certains sortent beaucoup, d'autres peu ou pas (je parle de "sorties" et non de rencontres). Certains ont beaucoup de copains et d'autres choisissent seulement quelques amis. Certains préfèrent également l'amitié avec un frère ou une soeur. Personnellement je ne crois pas à la théorie qui dit qu'on doit fonctionner comme si ou comme ça et chercher des liens amicaux en dehors du cercle familial, pourquoi serait-ce un problème si cela n'empêche ni de nouer d'autres liens, ni d'aller vers l'autre? Au nom de quelle loi, devrait-on tous aimer à l'identique? 

  Les réalités des enfants scos sont-elles toujours si éloignées ? 
N'y a-t-il aucun enfant sco qui n'aime pas sortir, qui se contente de quelques rares amis ?
Avant 16 ans, je ne sortais pas et ça ne me manquait pas vraiment ! De temps à autre (assez rarement en fait) j'allais chez une copine après l'école parce que j'habitais au milieu des champs. De temps à autre j'enfourchais mon vélo pour voir une voisine (qui n'allait pas à l'école avec moi) avec qui nous jouions (jusqu'à 14/15 ans et oui !) ou lisions ou encore nous baladions en vélo ou parlions animaux  ou planète !
A 16 ans 1/2, j 'allais en boite une fois par mois environ, ça me suffisait ! Je préférais lire, écrire, étudier ! Ou encore échanger et/ou "philosopher" avec quelques amis. Dans les groupes je ne me sentais pas à l'aise. Et j'étais sco. ;) J'ai tenté une fois ou deux des groupes où tout le monde était bourré et où on parlait sexe toutes les cinq minutes ou combien c'était marrant d'avoir un coup dans le nez (je ne dis pas que tous les groupes ados sont comme ça, mais ceux que j'ai tenté, si !), ben ça ne m'amusait pas ! Et alors ? Aujourd'hui j'aime rencontrer de nouvelles personnes, échanger. Les groupes, ce n'est toujours pas mon truc, question de caractère : trop de bruit, trop de monde, pas assez d'échanges approfondis à mon goût, ça ne m'empêche pourtant pas de participer régulièrement à des groupes et même de m'y amuser !
De son côté, mon mari qui a 7 ans de plus que moi, sortait beaucoup depuis l'âge de 14 ans; aujourd'hui c'est différent.
Ce n'est donc pas une question de génération, mais de caractère, de besoins à un moment M car tout cela peut aussi changer dans le temps!

Alors pourquoi nos jeunes devraient tous être identiques ?
Chacun a ses propres besoins et je trouve regrettable de vouloir imposer une pseudo norme, que cette norme soit une norme familiale ou une norme soi-disant adolescente. La norme n'est qu'une généralité, pas une réalité.

   Le tout est de savoir ce dont nos  jeunes ont besoin. Sont-ils en manque de contacts? Et la question se pose qu'ils soient non scolarisés ou scolarisés! Que peut-on faire pour y remédier? Peut-on en tant que parent intervenir constamment? Est-ce qu'ils attendent de nous ?

A mes yeux, aucune réponse définitive à toutes ses questions. Chacun aura une réponse personnelle et familiale : les laisser gérer s'ils préfèrent, proposer/chercher avec eux sinon.

   S'ils ont besoin de plus de contacts voilà quelques idées :
- proposer ou participer à des rencontres non scos,
- essayer de se rapprocher de familles locales (y compris si les enfants sont scolarisés),
- participer à un club d'activités (sportif, culturel),
- participer à des activités locales : activités vacances organisées par la commune ou la communauté de commune, club ados, etc.
- ne pas hésiter à inviter ou à se déplacer plus loin,
- proposer des correspondances qui peuvent amener à des amitiés,
- proposer des jeux en réseau,
- aller aux rencontres organisées par LAIA en mai ou LED'A (août et au cours de l'année),
- organiser une rencontre "nationale" : à titre personnel j'ai ainsi organisé plusieurs "semaine ados",
- essayer de trouver des lieux où l'enfant rencontrera des enfants ou plus grands avec qui il aura des affinités. Adulte nous nous soucions peu de l'âge des personnes avec qui nous échangeons, des personnes dont nous nous sentons proches, offrons cette liberté à nos enfants ! ☺
- réaliser qu'une relation de qualité peut apporter plus que de fréquents contacts sans véritable lien.

  •   Quelques études sur l'instruction en famille pour poursuivre la réflexion 

- Etude de Paula Rothermel, University of Durham, 2002 : "les compétences sociales des enfants non-scolarisés sont bonnes". (lien)

- Etude "15 ans plus tard : les adultes canadiens diplômés de l'école maison" - Satisfaction de vivre:"Sur l’ensemble, les diplômés de l’école-maison étaient un peu plus susceptibles d’être satisfaits de leur emploi actuel : 52 % étaient « très satisfaits » et 44 % étaient «moyennement satisfaits » pour un total de 96 % comparativement à 88 % dans la population générale." (lien)
De plus "Comparativement aux mêmes groupes d’âge de la population générale, les adultes diplômés de l’école-maison [...] étaient plus susceptibles d’avoir trouvé un emploi dans les domaines de la santé et des services sociaux [...] étaient plus actifs physiquement et participaient davantage à la vie culturelle."

  •  D'autres billets sur la socialisation et l'instruction en famille

Liens en cliquant sur les intitulés :
- Mon autre billet : "Au secours ! Mon enfant est timide et/ou observateur"
- Avec Mi Li sur Mes petits grains: "La socialisation"
- Chez Crapaud Chameau : "Top 5 des réflexions négatives face à l'école à la maison"
- Sur Petits Homeschoolers : "Attention ! Enfants non socialisés !..."
- Sur La Complète : "Mais, euh !... et la socialisation, alors ?"
- Sur rEcréation permanente : "Euh... et la socialisation ?"
- Sur le bloblog à sa mémère :  "Mais, euh !... et la socialisation, alors ?" (thème commun)
- Sur le blog Apprendre à l'air libre : "La socialisation des enfants instruits en famille."
- Sur le blog Tribu des pandas : "La socialisation"
- Sur le blog de Lovely Creepy Nanny : "La socialisation"
- Sur le blog de Step by Step : "Et la socialisation"

 
Mes livres sur l'instruction en famille :

2 commentaires:

  1. Bonjour,
    Mon fils va faire sa première année en non sco à la rentrée, en niveau troisième. Donc beaucoup de questionnements, même si je sais qu'il sera mieux qu'au collège.
    Ado multi-dys à fort potentiel, il a eu des soucis avec une enseignante de CM2, ce qui a entrainé phobie scolaire et anorexie. Arrivé au collège, les deux premières année furent très bien. Hélas durant les deux années de quatrième, il fut rabaissé au rang de cancre et de fainéant par ses professeurs, qui par ailleurs ne lui proposaient aucune adaptation : puisque mon fils a refusé d'avoir un ordinateur, les professeurs ont décrété qu'il ne voulait pas des aides et qu'il se servait de sa dyslexie et de se dysgraphie pour ne rien faire...
    C'est un ado très très discret, très peu sur de lui, qui n'a aucun ami. Alors bien sur, son papa et moi nous nous sommes posés la question de la socialisation . Mais attendu qu'elle est quasi nulle alors qu'il sort d'une parcours complet en milieu scolaire, je ne vois pas ce que l'école à la maison pourra lui enlever de ce coté ci. Au contraire même : la rentrée n'a pas encore eu lieu, mais depuis qu'il sait qu'il ne retournera pas au collège, il s'est déjà ouvert. Beaucoup nous en ont fait la remarque ces derniers jours. Il est déjà moins "craintif".
    Un ado plus sûr de lui arrivera nécessairement à se faire des amis. Nous pensons lui imposer de se rendre au club ado de la MJC locale, ainsi qu'à une activité sportive.
    Et puis, il a la famille, les cousins, les amis de la famille. Paradoxalement, je ne suis pas vraiment inquiète sur la socialisation, alors que justement c'est le point d'inquiétude majeur de ma famille.

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    1. Bienvenue en IEF ! Je souhaite à votre fils de bientôt reprendre confiance en lui. N'hésitez pas à vous rapprocher des groupes facebook correspondant à son âge, des rencontres, des amitiés peuvent y naitre : http://apprendreavecbonheur.blogspot.fr/2015/12/groupes-instruction-en-famille-themes.html
      Il y a bien des manières de se faire des amis et effectivement le collège n'est pas un lieu où on est assuré d'en avoir... Ensuite tout dépend également du besoin du jeune. Le tout est de lui proposer des occasions de rencontre et de l'encourager dans ses désirs d'indépendance. Un club ado local et une association sportive, ça peut en effet être de bonnes pistes. :)
      Très bonne fin de journée !

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